carrughju drittu [rue droite]

Avant que nous quittions la Corse, l’acte de naissance de ma tante a parlé, et voilà l’adresse de mes grands-parents révélées, 21 rue Droite.

Sur les lieux, j’ai été rassurée de découvrir l’immeuble délabré, pas encore aux mains des promoteurs, j’ai au moins l’impression que oui c’est bien ici que Louis et Pauline ont vécu, entre 1931 et 1938.

La chance, c’est que ce type d’immeuble est si vétuste qu’il n’est pas équipé de digicode, nous avons donc pu entrer à l’intérieur.

Depuis la rue j’avais aperçu une voute, comme on en trouve souvent dans les vieux immeubles de Terra Vecchia.

Sous la voûte, je ne peux m’empêcher de penser à la reproduction de l’Annonciation de Fra Angelico qui décorait le salon de ma grand-mère à Paris, j’ai imaginé que c’est mon arrière-grand-père Jean Joseph qui l’avait d’abord apporté depuis le Piémont en Corse.

Nous continuons notre ascension dans les étages, émus de découvrir les murs délabrés, d’imaginer mon oncle et mes tantes monter les mêmes marches en terrazzo, enfants.

Je suis heureuse d’avoir pu saisir ces images, probable que lors de notre prochain voyage à Bastia l’immeuble aura fait l’objet d’une rénovation.

En attendant les habitant cachent la misère. Après passage du promoteur, pourront-ils encore prétendre à habiter cet immeuble ?

exode

journal de mon arrière-grand-père Charles Berthelot, du 28 mai au 12 juin 1940

Quand les propositions d’écriture de François Bon arrivent dans ma boite mail, il y a toujours ce frisson, à la fois de la découverte, et de ce que ça déclenche, l’autorisation à écrire. Parfois je raccroche la contrainte d’écriture aux sujets en cours – peut être que cet emploi du pluriel est abusif, est-ce que la famille, la filiation, le deuil ne sont pas pour moi un seul et même sujet ? Ce lundi c’est personnages dans une foule, et la première image qui a surgit c’est cette archive incroyable confiée par ma tante il y a quelques mois, un cahier de notes personnelles entamé par mon arrière-grand-père au moment de l’exode, sans doute écrasé d’une grande détresse à voir la famille se disperser sur les routes, lui même trop fatigué et peut-être effrayé d’abandonner sa boutique de couleurs de la rue Ordener. La tentation est grande alors d’écrire l’exode, et puis dans le même temps je me trouve malhonnête, avec l’impression d’usurper ce vécu et de céder à une grande paresse. Je crois avoir trouvé ailleurs ma foule, son territoire, et je garde intact mon éblouissement à la lecture du précieux journal de mon arrière-grand-père.