épiphanie 7

                 

Comme tout objet de désir, ils sont condamnés à nous manquer.
Je n’ai fait sur le moment qu’écouter.
Lieux nus de lumières inattendues.

                 

                 

                 

tercet composé de manière combinatoire par Pierre Ménard sur le compte twitter de Sandor Kransa

épiphanie #5

Un jour on s’arrête, saisi par la foison des pistes.
Une litanie d’indices, soustraits au hasard.
Je ne veux plus être sensible qu’aux douleurs.

                 

                 

                 

tercet composé de manière combinatoire par Pierre Ménard sur le compte twitter de Sandor Kransa

épiphanie #4

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Un drame qui demeure invisible dont on ne perçoit que les échos et les stances déchirés.
Quand on rencontre les gens, ils ne connaissent ni le début ni la fin de notre vie.
Et vous, ça va ?

                 

                 

                 

tercet composé de manière combinatoire par Pierre Ménard sur le compte twitter de Sandor Kransa


épiphanie #2

                 

L’horizon hasardeux du sensible.
Il faudrait arracher des nuages, s’en aller.
Le bilan des économies pour se convaincre que, oui, nous serons bientôt en vacances.

                 

                 

                 

tercet composé de manière combinatoire par Pierre Ménard sur le compte twitter de Sandor Kransa


autour

AUTOUR de l’île l’eau tout AUTOUR l’eau tiède et bleue AUTOUR c’est comme une île quand le soleil se lève on dirait qu’il se couche AUTOUR la couleur du ciel le ruban rouge de l’aurore dans le bleu nuit du ciel qui s’efface le réveil lancinant des oiseaux AUTOUR le soleil chauffe la pierre le soleil allume des éclats de mica AUTOUR le soleil aveugle le silence aveugle il brûle AUTOUR la brûlure silencieuse des pierres la brûlure bruit sous la plante des pieds AUTOUR la peau fait silence lavée dans l’eau la peau fine se décolle l’eau claire coule de dessous la peau ELLE voix basse grave à peine audible entre deux mondes c’est bon la chaleur des pierres ici le maquis brûle les pierres brûlent même les plafonds sont couverts de la brûlure des châtaigniers cette brûlure c’est mes racines c’est l’âme c’est le secret un jour tu devineras l’âme tu sauras le silence brûlé l’envoûtement avec le tempstu aimeras que je sois revenue ici pour mourir AUTOUR le bruit aigu coule dans l’eau bleue AUTOUR noie le corps du bruit étrangle-le froisse-le AUTOUR les murs se froissent les murs se fissurent AUTOUR l’eau ton amie AUTOUR ce que tu crois AUTOUR l’eau engloutira tes murs bleus elle jaillira de dedans les fissures elle avalera les pierres brûlantes AUTOUR les arbres s’effondreront aussi dans l’eau tiède et bleue ils entraîneront dans leurs racines longues et noueuses la terre brune dans l’eau AUTOUR peut être même la maison tombera dans l’eau bleue et tiède les saisons tomberont aussi l’été bleu aussi l’hiver interminable aussi et aussi les miettes de ton enfance tomberont AUTOUR sous le tapis glisse les miettes mange les miettes sous le tapis picore les miettes ou cache-les dessous AUTOUR cache les histoires AUTOUR cache le drame qui se noue AUTOUR roi dame valet glissent depuis le tapis de cartes sur le tapis dessous la table le valet sur la dame le roi dessous AUTOUR les cartes battues rebattues pique et collent AUTOUR de toi se joue comme une partie de cartes qui se joue de la nuit AUTOUR la nuit bleue avale le jour le bleu de la nuit se répand tout AUTOUR changement de décor dans la nuit qui se lève c’est comme le jour AUTOUR c’est l’heure bleue AUTOUR l’heure de me souvenir de toi AUTOUR toi dans le paysage bleu de la nuit AUTOUR la fissure qui griffe le mur de la face nord comme une cicatrice aux bords à jamais disjoints sur le vif recoudre la plaie la refermer nettement mais c’est trop tard maintenant on pourra toujours mettre du ciment dans la brèche la faille s’ouvrira encore sur la scène de tes réminiscences tu ne pourras jamais PLUS JAMAIS feindre l’oubli alors AUTOUR j’entends mes morts je sais les corps qui flottent AUTOUR je sens leurs os brûlés les cendres dans l’eau bleue les cendres ruissellent vers la mer ton amie mais de la mer méfies-toi AUTOUR de la mer tu dirais comme ça qu’elle t’apaise mais elle ne fait rien que s’agiter AUTOUR flottent les linceuls de verbes creux les mots vides AUTOUR les fantômes se dressent les fantômes remplissent le vide AUTOUR les pierres suspendues dans le vide les pierres debout en ronde AUTOUR dansons la ronde AUTOUR des pierres la danse dessine des flammes mes bras remuent j’écarte les flammes les feux follets AUTOUR j’entre dans la ronde je danse dans la nuit bleue avec le feu AUTOUR je danse avec mes morts AUTOUR mes morts sourient en silence mes morts sourient avec leurs yeux de mica brûlant je ne sais pas sourire avec les yeux je danse AUTOUR feu follette AUTOUR leurs silences me traversent ne me blessent pas AUTOUR leurs mots me traversent ne me touchent pas AUTOUR mes morts me défient AUTOUR je danse AUTOUR la brûlure sous mes pieds AUTOUR mes pieds dans l’eau bleue et tiède AUTOUR danser encore avec mes morts AUTOUR 

le grain du sable

Dormir dans les dunes, sur la plage d’Édenville, c’est un nom de pays qu’on n’invente pas, les yeux dans l’horizon, dans le grain du sable, nos corps de quinze ans les uns contre les autres, il peut faire froid la nuit sur la plage, surtout que le feu est éteint maintenant, imprimer son corps dans le sable, bosseler le sable pour poser la tête, jouer avec le sable qui glisse entre les doigts, écouter le ressac, le bruit plus fort de la mer dans l’obscurité, le bruit des oiseaux de nuit dont on ne reconnaît pas le chant, on n’a pas le droit de dormir sur le sol de la dune, sur la plage contre le corps de Simon, on le prononce à l’anglaise Saïmone, de Bradford-On-Avon en vacances chez les voisins mitoyens de la maison d’enfance, l’humidité de la nuit perce le duvet, perce les vêtements, l’illusion de la chaleur contre le corps de Simon, tenir la nuit éveillée à guetter sa respiration, sur le sable ferme de la dune, puis les yeux dans l’horizon vert d’oyat, c’est l’iode de la marée du matin qui charrie le varech qui nous saisit, après l’aube on voit l’archipel gris de Chausey dans l’horizon bleu, décoller du sol le corps pesant du manque de sommeil, on quitte l’empreinte du corps, l’humidité de la dune, rentrer au petit matin et déjà trouver ma mère lancée dans le ménage, pendant que la maisonnée dort c’est ce qu’elle préfère à la fraîche, à grande eau elle lave le sol, il faut toujours laver, parce que ça rentre de partout et si je ne le fais pas tous les jours et bien je ne m’en sors pas tu comprends, et si je veux l’aider je ne peux pas, tu t’y prends mal de toute façon, ce sol c’est une vraie merde, je ne sais comment faire sur la pointe des pieds, je sens bien que je dérange, il faut éviter les flaques sur les tomettes rouges ou sur le terrazzo brillant du salon de Bastia, je suis le chien dans un jeu de quille dans le décor apocalyptique du ménage, les meubles vernis acajou empilés depuis le sol jusqu’au plafond, le désordre pour mieux remettre l’ordre, l’odeur chimique du dépoussiérant, surtout se débarrasser du sable qu’on rapporte chaque jour collé sous les pieds, glissés dans l’interstice de la corde tressée des espadrilles, dans les joints de caoutchouc des tongs, tu choisis bien ton moment file dans ta chambre, le rouge qui monte au front, elle veut juste faire le vide, c’est une obsession le vide, l’eau qui avale le sable collé, l’eau qui engloutit l’angoisse, je m’ennuie et j’aurais mieux fait de rester à Brunoy avec lui, j’enrage de passer l’été là-haut, prisonnière de l’été en famille au village, dans la contemplation de mes pieds sur le sol de lauze de la petite terrasse, les fourmis rampantes sur le vert des pierres de lauze, la chaleur ça gêne pas les fourmis, je crois qu’elles me narguent, je voudrais bien comme elles disparaître, glisser dans les anfractuosités des pierres, m’esquiver, ramper fourmi, je regarde mes pieds, mon corps lourd de chaleur qui voudrait se coucher sur la fraîcheur d’un sol de cave, prisonnier dans la sécheresse de juillet en montagne, alors de rage mon pied droit se soulève du sol pour écraser les fourmis, une à une, et chaque fois que mon pied retombe sur la lauze je jette une insulte silencieuse contre la pierre, de rage, à l’adresse de ce qui me retient de quitter le sol.