c’était l’aube

c’était l’aube. traversait le long ciel de nuit somnambule. frôlait le sommet des arbres dénudés. c’était l’aube. ne dormirait pas, le rideau écarté, l’ombre. l’aube son silence, un reflet de lune, le merveilleux d’enfance. l’aube déplaçait lentement l’ennui. fixait les yeux au mirage amer. c’était l’effacement des étoiles dont on ne connait pas la place. c’était l’aube, son odeur de pluie froide — ivre. c’était l’aube. rompait les songes. les paupières s’ouvraient sur les mondes en dedans. les colorations électriques palpitaient dans l’obscurité. la vie revenait — son corps lourd immobile, son reflet noir sur la vitre, le silence. c’était l’aube — ciel et mer encore confondus d’encre. la nuit vacillante. c’était l’aube brève, suspendue — un renoncement. s’accrochait au dernier rêve. retrouvait les présents. un air moelleux avant l’impatience du jour. le ciel changeait. c’était de l’heure bleue comme d’une manière noire faire surgir ton visage.

pour la revue Les villes en voix