
Je fais des choix. J’assemble des fragments. Ce n’est que le début de quelque chose. J’ai repris mes textes sur la Corse et les murmurantes. J’ai imprimé puis découpé des fragments, ils glissent entre mes mains. Je les place en regard de mes cyanotypes et de mes gravures. Les images répondent aux phrases. Maintenant il y a d’autres débuts.
Elle se découvre championne de fléchettes et ça ne m’étonne pas, je pense que sa proprioception est très développée, une intelligence du corps, que c’est en lien avec sa sensibilité, sa justesse.

Le film d’Arnold projeté à Pantin. À Wuppertal, deux danseurs reprennent Orphée et Eurydice de Pina Bausch, guidés par Dominique Mercy, premier Orphée en 1975. De répétition en répétition, l’œuvre se recompose, portées par de nouveaux corps. Arnold filme cette renaissance dans les lieux mêmes de la création, il saisit la mémoire en mouvement, l’attachement à un ballet, à ceux qui l’incarnent, à Pina Bausch. On y découvre les images volées à Epidaure, où déjà il était question de la transmission d’Orphée et Eurydice. L’émotion d’Arnold pénétrant la salle du Lichtburg, la quête d’un geste juste, la musique de Gluck, la tragédie d’Orphée. Tout se rejoue et nous bouleverse.
En apprendre plus sur le site d’Arnold Pasquier.


En remontant le canal, sur la rive opposée, trois jeunes pêcheurs à l’aimant. Nous nous approchons. À leurs pieds, un maigre butin de métal souillé. L’un porte des gants, vérifie chaque trouvaille, comme si le fond pouvait livrer un trésor.
La responsable du syndic de Corbera me répond, elle me laisse finaliser mes démarches, espérant qu’elles ne seront pas trop lourdes au regard de la demande légitime que j’effectue dans ce devoir de mémoire dont nous avons besoin. Ces mots me rassurent, ils confirment que ce travail de reconstruction a sa place.


Je retrouve Joachim au vernissage de Georges Perec, archives d’une enfance. Des visages connus et amis. Je m’émeus à la lecture d’un bulletin, enfant vif, étourdi, assez indiscipliné mais très intelligent. Je suis surprise de rencontrer ma voisine de palier et je devine qu’elle joue ici un rôle. Elle est secrétaire générale du Comité d’histoire de la Ville de Paris. Elle a travaillé sur le parcours qui remonte la rue Vilin jusqu’au parc de Belleville, elle a pour celà utilisé le plan d’Antonin Crenn. Je ne peux m’empêcher d’évoquer Antoine et mon projet de plaque. Elle me raconte que son grand-père a été arrêté alors qu’il diffusait des tracts, puis emprisonné à Fresnes. Lui a été relâché, mais elle n’a aucun détail sur cette histoire, je me dis qu’elle n’est pas devenue historienne par hasard. Il y a trop de monde ce soir pour découvrir les archives sereinement. Je reviendrai. Il y a là une matière dense, encore à explorer.
Posant dans ce journal la photographie de Perec et sa tante au balcon, découvrant l’adresse mentionnée en légende, je pense à ma grand-mère paternelle qui inscrivait au dos de photos innombrables, les noms, les rues, les dates, une écriture fine, presque administrative, quand chez ma mère il y avait peu d’images, aucune légende. Je me demande d’où vient cet écart. Est-ce que les légendes accompagnaient les photographies dès le départ, ou bien ont-elles surgi plus tard, quand le temps a commencé à trouer la mémoire de Marie-Louise ? Peut-être que légender, ce n’était pas documenter, mais une manière de résister à la perte.

Grande avancée de la miniature, le leporello est terminé. Il me reste à plisser le tissu des rideaux, fabriquer le couvre-lit, finir l’armoire, accrocher les volets, poser des poignées aux fenêtres, aux portes, aux tiroirs, peindre le motif du couvercle de la valisette. Peut-être aurai-je le temps de fabriquer la chaise au coussin rouge. Reconstituer ce lieu est encore plus exaltant que je ne l’avais imaginé. Je découpe, je remonte, je fais tenir ensemble des traces, je suis danseuse, pêcheuse à l’aimant, archiviste. (Ce n’est que le début).



















































