Le fleuve

Les vases communicants, épisode 2. Gracia Bejjani était ma partenaire ce mois ci. Je savais que nous avions des paysages et des lumières communes, j’avais très envie d’échanger avec elle, je la remercie de m’avoir offert ces images, ces oscillations venues du Liban qui m’ont inspirées ce texte.

le fleuve (images Gracia Bejjani / texte et voix Caroline Diaz)

Au début on cherchait sous les nuages une nuit tiède et vibrante — Une nuit qui serait la première fois — une nuit entière. On se tiendrait immobile dans la chaleur — on guetterait l’aube — on écouterait la nuit autour, ses paroles ivres s’échoueraient sur la rive — le monde s’arrêterait de tourner.
Le jour était blanc comme l’absence d’un souvenir. Le jour était calme et brûlant comme au retour des dimanches — sous nos cheveux nos nuques moites. On longeait le fleuve et ses cadavres d’herbes molles — nos pensées se perdaient à travers les hachures de chardons — les tiges sèches avaient beau se resserrer autour, nos pensées se dérobaient encore elles glissaient vers le fleuve s’enfonçaient lestées des pierres qu’on trimballait dans nos poches — on avait l’impression de se noyer avec elles à petit feu — on respirait le même air âcre — on s’est arrêtées devant l’arbre ébloui de soleil, un vert tendre se répandait autour — on avait oublié ce que c’était marcher sous le moelleux du jour — on oubliait le feu. On ne savait plus comment frayer avec le monde — parfois on hésitait entre deux eaux. On s’est approchées du fleuve on y a plongé les bras, nos visages — ça écrasait le temps la chaleur. Le vent frôlait nos cheveux mouillés, nos lèvres, nos épaules — cette caresse c’était comme l’ombre des arbres. On se balançait au-dessus du vent on ressemblait à des oiseaux ivres. on voulait disparaitre prendre moins de place à l’endroit même de ta naissance. On voulait se cacher au creux d’un arbre comme on se cachait enfant derrière les rideaux quand les adultes n’avaient plus de mot pour nous rassurer. On est montées sur les hauteurs — la ville se déployait à nos pieds, grise et familière — les rues débordaient de souvenirs — sur la peau dans l’air brûlant, un goût de sel et de feu. C’était tôt le matin on voyait le soleil se répandre au-dessus des cendres — la ville renvoyait des éclats de ciel des palpitations minuscules et l’ardeur du soleil faisait osciller la ville. Et la chaleur qui n’arrêtait pas de cogner.

Et la vidéo de Gracia

ce mouvement du cœur

Je reçois un message de Dodo, ils attendent des réfugiés ukrainiens d’un jour à l’autre, je devrais dormir sur le canapé lors des retrouvailles prévues en avril pour la dispersion des cendres de Claude. Ce sera — comme elle me l’écrit — un week-end de Pâques bien particulier.

Derrière la baie vitrée, à l’étage, le jeune homme qui nous fait signe, au bout de quelques pas Alice pense que c’est surement un ami du lycée. Souvent elle croit reconnaitre des connaissances dans la rue, souvent elle se trompe, pour ça qu’elle n’a pas répondu au signe du jeune homme. Elle finit par envoyer un message à l’ami perdu de vue, ce n’était pas lui. Je me réjouis silencieusement de ce moment de confusion qui l’a poussée à contacter l’ami, l’envie de renouer les fils, c’est presque maladif chez moi.

Je retrouve G en bas de son bureau, dans un de ces beaux passages du faubourg, à deux pas de mon atelier. Elle me tend un sac empli de confiseries délicieuses rapportées du Liban, je la serre furtivement dans mes bras, nous prendrons le temps à mon retour. Le froid glacial, le bleu intense, des nouvelles que je ne comprends pas. Le soir je glisse quelques confiseries dans la valise pour Marseille.

Gare de Lyon, galerie des fresques, nous marchons vite, j’aperçois un drapeau ukrainien, je devine après les familles rassemblées autour, mon cœur se serre, tristesse, impuissance, confusion. À Marseille nous logeons au sommet d’un immeuble, en haut d’une colline, la ville se déploie sous une lumière presque crue. Dans la bibliothèque il y a le Lambeaux de Juliet, des mois que je ne l’ai plus ouvert.

Avant d’entrer au Dugo, Philippe jette un œil dans la salle, chaque fois il retrouve ici une connaissance, le hasard. Cette fois, près du bar, Emmanuel Salinger déjeune, seul, mais nous ne le connaissons pas vraiment. En attendant Nina au bout du quai, je me demande si les parents de Philippe ont toujours ce mouvement du cœur quand nous venons les voir.

Nous montons dans le mini bus qui va de Montredon à Callelongue, le chauffeur plaisante avec la seule autre passagère, une vieille femme, son cabas chargé de courses, il la connait bien, des années qu’elle prend ce bus plusieurs fois par semaine. Avant le dernier virage il nous prévient, C’est le moment de sortir l’appareil photo, il y a là une de ces lumières, il fredonne la chanson de Trenet.

Après le départ de Nina, nous déjeunons, traînons un peu en ville, puis nous rentrons à l’appartement par un nouveau chemin — j’aime ces moments trop rares où nous tentons de nous perdre. Le temps tourne, la ville perd ses notes chaudes. Puis la nuit tombe, partout des lumières, curieux comme cette ville me rappelle toutes les autres villes, sans doute pour ça que je l’aime tant, cette fois je pense à San Francisco.

à la fin il y a un écho

Toujours ce moment d’incertitude en commençant le journal, ça fait rire Philippe, Tu dis toujours ça. Je regarde les photographies de la semaine, tente de me souvenir de ce qui chaque jour a laissé une trace, de samedi je n’ai aucun souvenir, et il n’y a pas d’images.

Partir légers vers Belleville, quelque chose de bancal, c’est dimanche et sous le soleil Nina manque. Dans le square qui longe le parc de grands pins dressés, je me dis que la beauté c’est cet effet de surprise, des pins dans la ville.

À l’atelier je commence sur les chapeaux de roue, F me surprend à tourner la presse un peu vite, Doucement, en soulevant le papier je m’aperçois que je n’avais pas mis la plaque sous presse, je ris de mon impatience.

Je supprime un fragment de Comanche, la première fois en de telles proportions, c’est assez libérateur. Je découvre le bon usage du point, le plaisir des phrases courtes. Les mots simples. Je me sens de plus en plus funambule, j’aime assez même si ça m’empêche de dormir. Ce qui nourrit mes insomnies ce n’est plus sa présence, mais l’envie d’écrire, et le temps que ça prend.

Vider la chambre de Nina avant de peindre, les allers retours photographiques autour des objets que j’hésite à jeter, Ça tu ne voudrais pas t’en débarrasser ? elle me rétorque que l’objet est parfaitement fonctionnel. Je comprends sa résistance, les sacs, les cartons prennent le chemin de la cave — à la fin il y a un écho.

Je retrouve Nathalie au Chansonnier, nous partageons notre détestation de l’hiver, mon envie d’ailleurs, elle évoque mon chez moi, une terre au sud, elle me dit Tu as plein de chez toi, c’est un peu vrai, ces déracinements d’enfance sont autant d’enracinements possibles.

cette semaine j’ai été un papillon de nuit

Je rejoins Gracia, Nathanaelle, son ami P, Milène. Dans la rue Saint- Louis-en-l’île une odeur de feu de bois. Nous interrogeons le Yi king — tout est dans la formulation de la question. L’écriture au centre, étonnements, réflexions, rire. Nous rêvons d’espaces, d’échanges. La longue marche retour de nuit, seule.

Un projet immobilier idiot viendrait saccager mon paysage d’enfance, je l’apprends par le propriétaire de la maison que nous louons chaque été depuis plus de dix ans. Rage folle. Leur cupidité, leur bêtise. Il y a quelques mois j’écrivais ce texte, il résonne douloureusement. On se mobilise, il y a une pétition, je remets le lien ici pour celleux qui voudraient agir avec nous.

Lundi jour de la lune elle me nargue brillante vive dans le ciel d’un bleu encore dense, quand la semaine dernière elle s’est dérobée. Le soir nous regardons Gagarine en famille.

Drôle de tablée au prétexte de l’anniversaire retardé. Moment joyeux — presque familial — autour de la grande table ronde du Chansonnier. Magali m’offre une linogravure représentant le vieux port de Marseille, on voit La criée, la Bonne Mère au dessus, c’est bien dans la colline là entre les deux que je me verrais vivre, ou bien sûr face à la mer, à Malmousque, là je rêve.

Retrouver Delphine et Agnès, elles me posent mille questions sur Comanche, soulignent ce qui les touche, cette histoire de voix. Delphine me dit qu’elle aime le frère, quand elle dit ça j’ai l’impression que mon texte est complètement devenu une fiction. Mon frère à distance — quand je mesure combien ce travail nous a rapprochés.

Jeudi le temps échappe.

Depuis l’appartement des mes amis à Sèvres, je découvre la vue somptueuse. À l’Est Paris, je prends cinquante photographie, ne sais toujours pas quel réglage adopter pour les photos de nuit (sans pied). Plus tard je pose ma main sur le ventre de Jessica, la petite bouge. Avant de les quitter je retourne sur la terrasse, je dis que la prochaine fois je resterais dormir, l’aube ça doit être quelque chose vue d’ici. Cette semaine j’ai été un papillon de nuit.

d’une certaine manière

Avant je ne faisais des photos qu’en voyage/vacances, aujourd’hui c’est plutôt la lumière qui m’appelle, le soleil au fond du canal. Mon pass (sans e mais pourquoi ?) de nouveau valide, me réjouir et m’inquiéter de ce sentiment, vraiment la période est moche.

Remue ménage au Chansonnier, Momo prend les commandes, ça me rend joyeuse, sans doute le premier restaurant où nous avions diné en arrivant dans le quartier il y a plus de vingt ans, l’avions déserté, impression que le lieu va reprendre vie, la possibilité d’y boire un café en journée me réjouis, ça pourrait devenir un nouvel oloé.

Agnès m’envoie un lien vers une vidéo, c’est The Shadows, dès les premières notes de guitare reconnaître le tube, c’est Apache, elle m’écrit Je l’écoutais en lisant Comanche, ça m’a fait sourire. Moi aussi je souris, sûre que ce morceau mon père l’a écouté plus d’une fois, sûre qu’il s’agitait comme un fou en dansant dessus.

Un commentaire de Brigitte, en laissant venir de vagues souvenirs qui nourrissent encore ce que tu écris on a l’illusion de le connaître pas intimement mais comme une relation appréciée. Ça me touche terriblement. C’est peut-être un peu le sens de Comanche, lui redonner corps, présence.

Des endroits qui ne bougent pas à l’abri des passages.

Nina me pose mille questions sur ma mère, c’est troublant, émouvant, Tu sais on se dit qu’on peut pas faire le deuil de quelqu’un qu’on a pas connu, j’ai envie qu’elle me connaisse d’une certaine manière. Je lui réponds que pour moi c’est une des choses les plus difficiles, penser que je n’ai jamais manqué à mon père.

Je dois rejoindre une pièce en hauteur, accessible par une échelle, dans les mains des objets que je ne veux pas lâcher. Arrivée à la hauteur de la mezzanine je mesure un vide immense qui m’en éloigne, je ne vois pas comment y accéder, je me réveille, j’écris mon rêve, c’est presque trop limpide.

solstice d’hiver

Ce matin à l’heure d’écrire le journal, essayer de revenir sur la semaine écoulée mais tout s’efface, me reste seulement des bribes. L’achat d’un agenda pariant que 2022 serait différente des deux années précédentes, différente ça voulait dire faire des projets. Le déjeuner avec M et G, nos rires autour de nos crêpes. Le solstice d’hiver, écourter la journée de travail pour en attraper la lumière. L’appel de ma grande sœur, l’appel de mon grand frère, l’appel de ma petite sœur, l’accord tacite, cette manière d’éviter Noël entre nous. L’arrivée de Nina. Les préparatifs de Noël. Daniel Bourrion me l’a promis, Moi président, Noël sera interdit. Une disparition. Notre soirée tous les quatre, les attentions, les jeux. Un message de Slimane depuis l’Algérie qui me rend très joyeuse, fait ressurgir la chaleur d’un premier mai à la terrasse de l’East Bunker.

Au moment de me coucher je pense à Delorme, des mois que je n’ai plus de nouvelles — j’ai plusieurs fois envisagé le pire, trop de messages restés sans réponses, je ne connais pas sa famille, n’ai pas d’autres moyen de le joindre que son téléphone —, il est minuit passé, j’envoie un message, il apparait distribué dans la minute, ça me rassure.

Ce matin à l’heure d’écrire le journal c’est Noël, mon téléphone sonne, c’est Delorme. Sa voix joyeuse me remercie pour mon gentil message, il a une chambre en maison de retraite, il peut voir sa femme facilement comme ça, il me parle vite, il a peur de me déranger, je suis indépendant, je prends ma voiture, je vais voir la maison de temps en temps, je vais la vendre — je revois leur salon blanc, il me demande où nous allons passer Noël, abrège brusquement la conversation. Trois minutes après il me rappelle, j’ai oublié de te dire, avant de venir m’installer ici j’ai vidé la maison, je suis retombé sur mon carnet de vol, je l’ai feuilleté, tu sais lors de nos entrainements on volait d’abord avec un instructeur, puis en solo, après on faisait des vols en binôme avec d’autres élèves, et bien mon premier vol je l’ai fait avec ton père.

repousser le temps qui s’écrase

Réécrire Comanche me fait renoncer à des paragraphes entiers, je pensais que ce serait plus difficile. Je renonce à certaines photographies aussi, qu’importe elles sont à moi désormais, enfin elles font partie de mon histoire. Parfois je me demande ce qu’il y aura au bout, ça me donne envie de précipiter l’écriture mais il y a toujours des zones de résistances, et la peur qui me rattrape.

Sur le bras du canapé mon vieil iPhone branché depuis des jours, sa batterie ne se recharge plus. Je ne me résous pas à le débrancher, c’est mon premier carnet, avec lui que tout a commencé, il ne faisait plus fonction de téléphone depuis longtemps, j’utilisais seulement l’application notes — écrire à la lueur de l’écran quand la nuit mes fantômes me réveillaient. J’essaie de faire l’inventaire de ce qu’il contenait. Des photos. L’enregistrement de Delorme — je m’étais heureusement envoyé le mp3 par mail. Dans Notes la liste des mots de mon abécédaire, des mots relevés au cours de lectures, des bribes d’entretiens avec Claude, avec Delorme, avec mon cousin. Il est sympa, il me lâche quand j’entreprends la publication de Comanche sur le blog, quand j’utilise désormais un vieux Mac, quand je me donne un temps pour écrire, que je n’ai plus l’impression de voler.

Entre deux sommeils je pense à mon père, ça glisse vers le texte en cours, surprise de sentir mes poumons légers, la gorge libre, l’apaisement.

J’écris dans l’après-midi, la nuit me surprend, avant de sortir j’ai la tentation de laisser une lampe allumée, ce que faisait toujours ma mère, petite ça m’agaçait, une dépense inutile, alors qu’elle était toujours à emprunter de l’argent à droite à gauche pour boucler le mois, et cette lumière qui restait allumée pour rien, là que finit un des jours les plus courts de l’année je vois bien le réconfort que ce serait de trouver la lumière orangée au retour.

Flotter à l’étroit, drôle de sensation. L’appel de Charlotte, elle ne m’oublie pas, Mais là c’est vraiment une période merde, je retrouve dans sa voix l’énergie, la drôlerie dont me souvenais, elle a plus de quatre-vingts ans, ça donne une légèreté à la journée.

À l’écran Célia Cruz, elle chante, elle danse, il y a ce geste de la main, sa façon de caresser l’air, c’est plus qu’une caresse, sa paume contre une masse invisible, elle danse en se pinçant les lèvres dans un sourire, je me souviens de ces mêmes gestes de ma mère quand elle dansait — qui me semblaient tout à fait naturels, observés chez d’autres corps dansants — que j’essayais de reproduire, mais ce n’était pas ma danse.

Avant de me coucher je fais le tour de la pièce du regard, dans la lumière électrique et le silence le désordre apparait violemment, chaque surface encombrée, des plantes fatiguées, des vêtements, la boite des archives Comanche — ouverte, des livres — partout, une barrette, les verres du diner, des revues, des DVD, des sacs, de la poussière, demain il faudrait soulager les meubles, repousser le temps qui s’écrase.

le retour inattendu de la lumière

Je rends visite à mon amie voisine A, un mannequin surgit du trottoir, l’appareil photo oublié à la maison, se contenter du téléphone, un mal fou à cadrer, l’image décevante à peine sauvée par le noir et blanc, reste la froideur.

Le Comanche me tient. Je n’ai pas pris beaucoup de précautions, juste demandé l’autorisation à mes plus proches, leurs retours me touchent, ou m’amusent, à cet endroit je crois que nous sommes solidaires.

Un cauchemar. Nous quittons nos amis joyeux on se promet de se revoir bientôt, Philippe se réjouit de trouver facilement la route pour sortir de la ville, il prend le virage trop largement la voiture se détache de la route, plonge dans la rivière, tandis que nous nous enfonçons j’ai le temps de penser à mes filles, je voudrais crier mais l’eau étouffe mes mots elles vont être seules je me débats dans l’habitacle pour sortir de la voiture, je me réveille. Toute la journée ce rêve me coupe le souffle, je suis triste.

Je ne prends presque plus le métro, une déshabitude du premier confinement, la surprise d’entendre une annonce en japonais diffusée dans les hauts parleurs sur le quai de la ligne 5, gare de l’Est, une voix féminine, douce, comme le hors temps du Japon me manque.

Le retour inattendu de la lumière, le jardin Villemin, presque un dépaysement, je flâne, pas sûre d’avoir déjà écrit ce verbe, flâner.

Je rêve de morts encore cette fois le rêve est doux, entre deux sommeils je pense Il faudra que je m’en souvienne bien que je n’ai pas le projet de tenir un journal de rêves. Au matin j’ai oublié mes morts.

En quittant l’atelier je passe à Bastille glaner quelques images, sur le faubourg les illuminations, dans ce quartier souvent l’impression que le temps s’écrase, que les fantômes de Corbera ne sont pas loin. Découvrir la colonne illuminée de bleu ultra bleu, l’ange encore. Avant de me coucher je lis le journal de Brigitte Célerier, ça convoque le souvenir d’un thé à la cannelle bu avec Arnold en écoutant la cinquième symphonie de Malher, je faisais semblant d’apprécier ce thé dont en réalité je n’aimais pas le goût juste pour lui plaire.

qu’il pleuve

près de la rue de Meaux, Paris, avril 2021

comme chaque matin j’attrape un livre dans la bibliothèque, un livre que je n’ai pas lu, un livre oublié, je l’ouvre au hasard, lis quelques lignes, ce matin Qu’il pleuve, Francis Dannemark, au milieu d’un paragraphe quatre mots se détachent, un coup de cafard, l’expression oubliée me replonge loin dans l’enfance, un coup de cafard, une fin d’été quand l’avenue de La Plage se vidait de ses vacanciers, la maison vide quand ils étaient en course, un mur lisse, un rêve oublié qui alourdit le corps, un jour hostile, les branches dépenaillées entre chien et loup, l’absence, un coup de cafard reflétait ce matin si justement l’humeur du moment, plus juste qu’une fatigue galvaudée, un coup de cafard, bref, sec, se souvenir du dehors, franchir la porte, se jeter dans le tournant, attraper les reflets du jour