l’allongement du jour

Commencer l’année avec ce message, il vous a été recommandé de rester isolé(e) au cours des prochains jours. Isolée ça ne me faisait pas peur, mais il y avait la lumière, il y avait que probablement je n’étais plus contagieuse, et que je portais un masque, alors glaner quelques reflets sur le canal. L’illusion des voyages en reflet.

Après l’échange avec le Tiers livre je survole Autour, le texte amorcé cet été — dans la nuit l’impression d’y voir clair, trouver une ligne de fuite, mais dès que je cherche à le formuler ça s’effondre, arrêter de théoriser, il faut écrire encore.

La lumière précise sur le banc, une empreinte féerique, dans le monde rétréci j’invente comme enfant des contes, des présences amies.

Nous sortons tous les deux, aller jusqu’aux buttes cette fois, la lumière capricieuse, le parc très calme. Redessiner des paysages. À l’entrée du jardin, la maison du gardien, une chose d’enfance de toujours rêver habiter la maison du gardien, on avait compris depuis longtemps que le château n’était pas pour nous.

Découvrir des floraisons précoces, imprudentes. Dans notre rue, le vélo enrubanné de l’association me rappelle nos vélos de petites filles, ils étaient nos chevaux sauvages.

Un rêve, il me téléphone, me parle de Comanche, mais les filles joueuses m’empêchent de parler, font du bruit, me chatouillent, rigolent, dans le rêve elles sont grandes et petites à la fois, je finis par leur échapper, m’isole, explique ma méthode, comment j’y suis revenue, je me réveille le cœur battant. N’empêche que Comanche avance, me tient, m’obsède — plus doucement.

La pluie m’oblige à prendre le métro, presque désert, ça me rassure et m’inquiète à la fois, dans les jambes une faiblesse, n’en ai pas tout a fait fini avec le virus. Sentir pour la première fois l’allongement du jour — à peine — ça me réconforte — même si maintenant j’aime la nuit.