y croire

Dans la rue l’homme est couché sur le dos à même le sol ses yeux entrouverts ses bras bougent très lentement tendus vers le ciel — ne pas savoir quoi faire.

Avec Alice nous descendons le canal pour rejoindre la manif, déjà une grande ferveur, être là si nombreux·ses. Le papi avec son carton accroché autour du cou, dont la première manif remonte à 36, il devait pas être plus âgé que la gosse sur les épaules de son père. Celui qui gravit l’échafaudage pour coller sa pancarte, il argumente avec un habitant du deuxième, l’imbécile du cinquième décide de l’arroser et se fait huer par la foule. Les gamines à l’arrière du camion, celle qui fêtait son anniversaire, celle qui hurlait dans le micro, celle aux cheveux roux — sa grâce, que j’aurais voulu photographier davantage, déjà les yeux et la gorge qui piquent. On prend la rue Godefroy Cavaignac, j’indique à Alice l’immeuble où vivait Marine Tollet, la Belle Équipe est fermée, on se réfugie dans un bar avenue Ledru Rollin.

J’entends les premières mesure d’un morceau de Supertramp, me reviennent ces stratégies pour donner le change, faire semblant de connaître la chanson en fredonnant quelques notes, les chemises de Jacques piquées dans le sac à linge pour avoir l’air cool, les cheveux ébourrifés avant de sortir, me faire croire que j’étais à ma place dans cette chambre d’ado à Marseille.

Je suis comme toujours en avance, je n’ose pas m’éloigner du lieu de notre rendez-vous pour prendre des photographies, me contente du collage du 1er mai. Adnane arrive, il me dit que j’ai changé, il ouvre Comanche, il me dit qu’il s’attendait à un livre plus épais, avec des photos, plonge ici et là dans le texte, ce n’est pas l’objet qu’il attendait mais je sais que j’ai fait le bon choix.

Nous regardons Palombella Rossa, je crois que je voulais voir le film juste pour cette scène où la foule regarde à la télé la scène du tram de Docteur Jivago, on a envie de hurler avec eux, RETOURNE TOI ! Magnifiques retours en enfance mais je suis passée à côté du film.

Au moment de me coucher elle était encore trop basse, cachée derrière les immeubles, mais mon corps savait, je me suis levée au milieu de la nuit —des lustres que je n’avais pas photographié la lune—, je n’ai pas osé ouvrir la fenêtre, elle se dédouble dans l’épaisseur du vitrage.

What would your closest friend do ? je choisis l’amie en fonction de la situation, je triche. Je commence à rassembler quelques affaires pour le voyage, m’aperçois que j’ai oublié de racheter une batterie de rechange pour le Canon, introuvable dans les grandes enseignes. Je remonte le boulevard Beaumarchais, dans une minuscule échoppe le patron sceptique ouvre un immense sac en plastique transparent qu’il vide sur le comptoir, il y en a une, il me dit que c’est un miracle, moi je commence à y croire.

You’re all the things I’ve got to remember

Gwen m’envoie un lien vers sa lecture d’un extrait de Comanche, l’émotion d’entendre le texte avec la voix d’un autre.

J’ai rêvé que j’oubliais mon appareil photo dans un café, le réveil inquiet, le temps qu’il faut pour revenir à la réalité, se souvenir l’avoir laissé à l’atelier.

ll a remonté la rue avec son vélo, il s’est arrêté à sa hauteur, il a hoché la tête, a fait claquer sa langue au palais, il l’a invitée à monter sur la selle comme l’aurait fait un cow-boy sur son cheval.

La fille et le garçon dansaient côte à côte, dans la main du garçon le téléphone hurlait …You’re all the things I’ve got to remember… leur insouciance était belle à voir, je leur ai souri, j’aurais voulu moi aussi danser un gobelet de bière à la main en chantant à tue-tête Take on me.

J’ai d’abord remarqué son visage anguleux éclairé par d’immenses yeux pâles, Oui bah les seules personne que j’ai vu dans le monde réel tu vois… je me suis demandée dans quel monde elle vivait. L’air s’était vraiment réchauffé et il avait plu, on sentait l’odeur de la pluie.

La voix grave de M en vocal, elle s’excuse presque de n’avoir pas encore lu Comanche, le jour elle écrit, le soir elle écrit encore, je lui réponds t’inquiète pas, Comanche a dormi pendant cinquante ans, il pourra bien dormir encore un peu.

Dans la vitre le reflet d’un bâtiment en contrejour, le soleil éclairait les nuages, j’aurais dû attendre pour filmer son apparition, j’ai pensé à la fin d’une éclipse.

dépôt légal

Déjeuner à l’Industrie avec Gracia, Juliette, Milène et Philippe, configuration inédite et joyeuse. Nous remontons à pied le canal Saint-Martin, Gracia s’émeut de la beauté à laquelle nous ne prêtons plus attention, je redécouvre la lumière, l’espace ouvert, l’architecture, les arbres.

En remplissant le formulaire en ligne pour le dépôt légal de Comanche à la BNF, l’excitation incontrôlable, l’entrée de mon père dans cette institution c’est une promesse, il ne pourra plus jamais disparaître.

Dans le carton j’ai glissé une trentaine d’exemplaires de Comanche, j’ai pensé à Jo March, je me suis installée au fond du café, les ami.es, les voisin.es sont arrivé.es, je les ai assez vite laissé.es parler entre eux, concentrée à signer les pages de titre sans faire de ratures.

Entendre les cris de la Terre ça veut pas dire l’entendre à distance ça veut dire crier avec la Terre.*

Passage chez Exacompta pour valider les cromalins de la prochaine collection, me réjouis d’entendre la voix de la dame à l’accueil, déformée par l’interphone elle me rappelle celle de Simone Signoret, le sketch du télégramme. La dame de l’accueil on ne la voit jamais, je me demande où elle se trouve, peut être cachée derrière un des miroirs sans tain du hall. Depuis l’escalier je photographie à la hâte le panneau en bois gravé, peur d’être surprise.

Je reçois les scans des photos prises à Nice avec Nina, de nouveau les taches organiques, une pellicule périmée que javais chargée avant de recevoir les résultats de la première. Nous avons mieux maîtrisé la manivelle d’entraînement du film, il n’y a qu’une surimpression, ma petite déception compensée par la redécouverte des paysages traversés avec Nina.

Des publications autour de Comanche sur des blogs amis, des messages, évidement ça me fait plaisir, surtout ça m’aide à prendre confiance dans le texte. Et maintenant tu vas faire quoi ? Est ce que je dois choisir déjà ?

*Isabelle Stengers chez Laure Adler.

une manière d’avancer comme une autre

Dimanche gris, montage pour la lecture collective de La maison de Mues avec les camarades du Tiers Livre, s’atteler au texte pour va-et-vient, broder, renoncer à la gravure faute de lumière, sans doute que je me disperse, une manière d’avancer comme une autre.

Flottement après avoir lancé l’impression de Comanche auprès de l’imprimeur, Roxane m’écrit, une nouvelle étape, sans doute la plus difficile, celle d’abandonner le livre aux lecteurs. Déjeuner avec ma sœur, je lui confie la première épreuve de Comanche, avec sa couverture mal imprimée, tu me diras… à la table d’à côté, un visage presque familier, c’est quand il pose quelques livres à l’attention de son interlocuteur que je reconnais Claro.

Grattoir, brunissoir, pointe sèche, c’est presque une méditation, peu importe l’image qui en sortira. L est revenue, elle imprime des monotypes, toujours un même paysage de montagne, elle me donne envie d’essayer.

M me raconte Camille, l’arrestation pendant la manif, les plus de quarante-huit heures de garde à vue, puis Fleury, deux jours.
Est-ce que vous condamnez les violences ? Est-ce que vous condamnez les violences ? Est-ce que vous condamnez les violences ? Est-ce que vous condamnez les violences ? Est-ce que vous condamnez les violences ? Est-ce que vous condamnez les violences ? Est-ce que vous condamnez les violences ? Est-ce que vous condamnez les violences ? Est-ce que vous condamnez les violences ?

Découvrir la présence d’un cerisier semblable à celui de l’écluse face à l’école maternelle de l’hôpital Saint-Louis convoque la surprise d’il y a vingt ans, ce sera l’école des filles, pourtant elle n’est pas la plus proche de la maison. Surtout ma tante Annie en avait pris la direction au début des années 80, profitant de l’appartement de fonction de la place Albert Camus, elle a définitivement fermé la porte de Corbera, berceau familial depuis 1937.

Place de la Bastille, l’ange se bat avec les nuages. Nina m’écrit de Berlin après sa première journée de travail auprès d’Elif, ça lui a donné des ailes, c’est exactement ce qu’il me fallait. Plus tard elle m’envoie des photographies de l’atelier, impressionnante proximité de leurs univers.

Je reçois une photo d’Arnold prise par Nicolaï, depuis le train qui les conduit à Wuppertal, je ne lui demande même pas ce qu’ils vont y faire. C’est pas Berlin, mais je ne peux m’empêcher de les rapprocher lui et Nina. Sous le ciel radieux, nous allons tous les trois manger des crêpes rue du Transvaal, au retour je signale le cerisier à Philippe, lui non plus ne se souvenait pas de sa présence.

l’apprentissage de l’attente

Relecture de l’épreuve papier de Comanche, redécouvrir la respiration du texte, je trouve encore quelques détails à corriger. Surmonter la déception du défaut d’impression de la couverture, je vais devoir attendre un nouveau tirage. Faire ce livre, c’est faire l’apprentissage de l’attente.

La petite dame enjouée à l’homme qu’elle prend pour un jardinier, félicitations pour l’entretien, ah c’est pas moi, je n’y suis pour rien, il lève les mains comme pris en faute et laisse la dame désappointée.

Je suis partie avec les chants d’oiseaux, j’ai pensé à certains réveils d’Erbalunga. Je traverse le dédale immense de l’hôpital, secteur marron, violet, jaune, j’entends encore la ouate dans la voix de ma tante quand elle disait à Bicêtre. Il me dit ce que je veux entendre, j’ai bien fait de venir, mais le cas d’A était atypique, il m’en parle comme si c’était hier, alors que ça fera dix ans en juin. Puis on m’oublie dans le couloir, je n’aurais pas le temps de passer au cimetière.

Avec quelques ami.es du Tiers Livre au café Pierre, Xavier nous décrit la valise qui contenait les cahiers d’Antonin Artaud, comme elle mettait le bazar sur le compactus de la BNF — les livres y étaient ordonnés par ordre de réception. Dans son souvenir elle se trouve sur une étagère du bas, tout proche du Journal d’un curé de campagne. Sa parole passionnée nous donne l’envie d’un livre.

Notre voisine vient chercher des conseils auprès de Philippe, sa famille possède des cartons entiers de négatifs sur verre d’un grand-père photographe et voyageur, qu’elle voudrait léguer à un fond d’archives. On en a contacté plusieurs, mais on ne nous répond plus, dans la famille on est pressé de s’en débarrasser. Je suis un peu effarée, il doit y avoir des trésors ? oh mais on va garder garder les tirages positifs… nous restons à échanger sur le seuil, à peine ai-je refermé la porte qu’Alice me lance en riant oh toi tu étais un peu jalouse.

Elle interpelle la serveuse, tiens mais vous êtes gauchère, moi aussi je suis gauchère, c’est pour ça que je le remarque. Je raconte à Alice comme petite je rêvais d’être ambidextre, les heures passées à tenter d’écrire joliment de la main gauche, elle m’avoue qu’elle aussi. Le souvenir des changements de mains en séances de modèle vivant, le geste libérateur, dessiner de la main qui ne maîtrise pas.

Elle m’a regardée, j’ai eu l’idée de lui sourire, elle a cru que je l’encourageais, elle s’est approchée et m’a lancé bonjour on est des cathos de la paroisse Saint-Joseph, à côté… c’est bien mais ça ne m’intéresse pas. J’ai voulu photographier les première fleurs du cerisier de l’écluse, je pensai aux conseils d’Angelo à Osaka, laisser le soleil passer à travers les pétales pour restituer la délicatesse de la fleur, mais le ciel s’était chargé qui saturait affreusement les couleurs.

l’obsession des traces

Réveil solitaire, alors que les filles poursuivent l’occupation de la Villa Arson. J’écoute les bruits de circulation, le tram, la voie rapide, les trains. Vérifier la couleur du ciel, prendre quelques photos en attendant Nina. Marche vers le port. L’après-midi retourner au musée Matisse, ne pas retrouver la lumière de la première fois.

Dans ces battements d’avant départ, l’hésitation à entreprendre quelque chose, tu veux aller voir la mer ? On fait un aller retour en marchant vite, pincement au cœur devant les scintillements, ne pas penser à ce qu’on a manqué.

Dans sa chambre, il y a une photo de ma mère accolée à un procès verbal d’infraction — un titre de transport que Nina n’avait pas validé à bord du tram lors de sa première venue à Nice. Sur le papier rose on devine l’empreinte du stylo mais on ne lit plus rien, la faute effacée. L’obsession des traces.

La mère, avec sa beauté de quarante, l’aplomb de sa voix chaude, à sa fille frêle sous la masse rousse des cheveux, regarde les bâtiments regarde un peu les palmiers regarde regarde, l’adolescente au bord de l’exaspération, elle baisse les yeux, chuchote c’est quel arrêt maman ? regarde maman, je te pose une question et tu ne me réponds même pas.

Nous nous retrouvons rue Tournefort, dans un quartier de la ville je connais à peine, mais dans lequel je reviens trois fois en l’espace de quelques semaines. Me traverse l’envie d’explorer méthodiquement la ville, il faudrait faire un plan, s’y tenir, avant de quitter Paris, je n’aime la méthode que sur le papier.

Faire l’inventaire de tous mes moments de joies sous la pluie. Quelles villes, avec qui à mes côtés, sous quel abri. Running on Empty, la fuite en avant, l’anniversaire, River Phoenix sur le fil, Alice tente de me rassurer, ça va bien se terminer.

Elle m’annonce qu’elle arrivera dans vingt cinq minutes, j’ai le temps de faire des madeleines, ça me saute à la figure, la rareté de ces moments, l’attention, l’amour qu’on peut mettre dans ces gestes de cuisine, la révélation de la tendresse que j’ai pour elle.

mélancolie du geste

Nous avons vidé les cartons de livres sur de grandes tables dressées, nous en avons fait l’inventaire. C’était elle qui nous faisait nous tenir là, comme l’écrivait délicatement Arnold, ce fut un jour étrange… Mélancolie du geste, mémoire en nous et avec nous.

Le sac jaune imprimé posé sur ses genoux faisait à la vieille dame comme des bouquets de fleurs.

Elle a ressurgi, je la laisse faire.

Christine Jeanney rejoint L’aiR Nu, nous organisons une rencontre en visio, faute de mieux. Elle nous présente ses minutes papillon, et un projet de sonothèque, ça réveille d’autres désirs, et me donne envie d’être plus active au sein du collectif.

À Marseille je rejoins les voyageurs descendus sur le quai pour profiter de la chaleur. Plusieurs visages du passé m’apparaissent. Comme j’aime la familiarité avec la ville. À Toulon le train se vide encore, je remonte le wagon pour trouver une place du « bon côté », espérant pouvoir filmer bientôt la côte. Elle se fait désirer, et voilà que la nuit est déjà tombée. À la gare de Nice Nina m’attend, j’aime l’inversion des rôles.

Je lance l’épreuve test de Comanche. Le délai me paraît incommensurablement long, le séjour à Nice fait heureusement diversion. Nous partons vers la mer, prenons le café cours Saleya, mangeons une socca vers le port, devenons fleurs au Mamac, parlons comme nous ne le faisons que trop rarement. L’occupation de la villa change un peu la donne, je dors seule chez Nina.

Nous marchons dans les sentiers du Mont Boron, Nina a le Yashica en main. Nous mangeons des ramen en ville. Retour à la villa Arson, cette fois une belle lumière. Nina rejoint ses camarades à l’occupation de la maison rouge, je visite l’expo, filme, photographie. Dans la soirée je retrouve A au Mamac pour une projection de courts-métrages en plein air, après La fleuriste d’Alain Cavalier on abandonne, le vent est glacé. Je dîne chez A, Nina passe la nuit à Arson.

distorting time

Il a trop bu, porte un costume noir, il vient d’enterrer un ami, il entame un pas de danse, pirouette au sol, se redresse, ses bras comme des ailes, son regard se perd dans l’eau du port, il reprend sa danse folle et joyeuse, on est fasciné par la grâce, il s’envole.

Les deux hommes côte à côte paraissent d’abord immobiles, celui de droite se met lentement en mouvement, seulement les pieds, une chorégraphie entre cha-cha-cha et tai-chi. On attendait la pluie mais le ciel immuable demeurait blanc.

Je ne pensais pas qu’un jour le ruissellement de la pluie me rassurerait. La fille raconte aux garçons, il y a deux mecs ils ont violés une fille de leur équipe, en mode c’est leur nana. Rien ne va dans la phrase.

Le vélo a glissé, le guidon vient heurter le thorax, ça va madame ? Dans la soirée un hoquet me rappelle brusquement la douleur, je ne dis rien, j’entendais déjà les reproches inquiets d’Alice. Ferais l’aveu quelques jours plus tard, rassurée de respirer normalement.

J’aimai voir la main du père posée sur le dos de la fillette, entre impulsion et protection. Je ne la vois pas s’approcher, Oh nice, it’s a Rollei ? No it’s a Yashica, a Japanese one. Elle avait un accent italien. Beautiful. Je finis la pellicule, j’ai oublié cette fois de doubler avec le numérique, je regrette mon manque de méthode.

On voyait s’écarter les nuages, le bleu prenait progressivement sa place. Roxane m’envoie une nouvelle version de la couverture de Comanche, reste un ajustement de la couleur, la quatrième à déplier, mais on touche au but. L’impatience me rattrape.

Son visage m’est familier, tout en discutant avec A je lui jette quelques regards, on échange quelques phrases mais le lieu de notre rencontre ne me revient pas. Elle se lève, marche dans la boutique, se met à parler je ne sais même plus de quoi mais j’entends son accent. C’est à ce moment là, alors qu’elle disparait de mon champ de vision et que j’entends sa voix que je me souviens où nous nous sommes rencontrées. Le lendemain je retrouverais précisément son visage d’il y a vingt ans.

nos plans sur la comète

Froid mordant qu’on n’attendait plus, j’ai une pensée pour les fleurs imprudentes. Au parc Montsouris, les mains frileuses, le Yashica trop lourd, je peine à prendre des photos. Les yeux aux ciel, premier quartier de lune.

Je prends mes billets pour Nice, Nina me dit la joie que ça lui fait, nous faisons chacune nos plans sur la comète, des marches sur le mont Boron, des cafés sur la plage, l’exploration de la Villa et le musée Matisse, empêchés la première fois, peut-être même découvrir le reflet de la Corse dans les basses couches d’air.

Une médium s’abonne à mon compte Instagram, elle se définit comme messagère spirituelle, vit au Québec. Peut-être que je parle un peu trop de mes fantômes. Insomnie. Sous le drap chercher son contact, sans le réveiller, cheville contre cheville, trouver l’apaisement dans ce peau à peau.

+4 degrés, et ce scénario ne serait pas le plus pessimiste. Sur le net découvrir un article, Pour refroidir la Terre, faut-il de la poussière de Lune ? Je ne lis pas la suite, la poésie du titre me suffit, même si ça ne lutte pas contre l’incertitude, se recroqueviller.

Sa main attrape mon col pour rapprocher nos visages, on dit à vélo. Ça me fait rire, et sa délicatesse de ne pas exposer la faute à tous me touche. Comment on en arrive à parler des tiroirs vides après la mort de ma mère, je ne sais plus, mais elle se souvient d’une grande jupe noire à fleurs que Pierrot lui avait léguée, tiens si je la retrouve dans mon déménagement je te la donnerais.

Nous avons diné près du poêle, il y avait des reflets rouges sur le canal. Depuis l’autre rive le quai était comme une scène étroite traversée par les joggeurs et des cyclistes. Je fais un plan, en pensant aux rushes qui s’accumulent sur la carte SD, et dont je ne fais rien.

R m’envoie les premières pistes pour la couverture de Comanche. Heureuse de l’évidence de la photographie que j’ai choisie. C’est bien la seule chose sur laquelle je n’ai jamais eu de doute, cette photo — sa beauté et son mystère—, ce sera la couverture. Plusieurs fois dans la journée je vais ouvrir le fichier et c’est une joie immense.

Relire encore

Dimanche nous faisons une première marche depuis des mois, marquer le pas. Sous le soleil le bassin n’était plus qu’une cavité sèche. Pas de miroir, aucun reflet où se logerait le merveilleux, se contenter des ombres.

En mode super fun ? oui hyper happy ! Rue de Lappe, deux jeunes femmes, celle qui pose avec la paire de baskets, celle qui dirige, et le photographe. Tout est surjoué.

Fatigue et douleurs, relire la notice du traitement prescrit, cocher un effet secondaire sur deux, cette explication me rassure. À l’examen rien de grave, sous l’effet du collyre révélateur la vue se trouble. J’observe ma pupille dilatée dans le miroir de l’ascenseur, me revient une fascination de l’enfance, les heures passées à figer une expression, à questionner le double.

On avait dit rendez-vous au pied des marches, j’observe la foule immense en longs cordons devant les portes, il fait déjà nuit, je téléphone, on finit par se retrouver. Alice et sa grand-mère joyeuse entrent dans l’opéra, nous repartons avec M, d’un même pas ralenti dans la nuit déjà froide. Nous dînons tous les trois, c’est la première fois.

J’aurais du m’interdire le maniement d’objet dangereux, tout est allé très vite, la règle a glissé, la lame du cutter a tranché vif le pouce, la pharmacienne se tient à distance, ça saigne beaucoup ?

Cet hiver, des patients comme vous c’est deux sur quatre. Laisser glisser le jour, ne rien s’imposer, rentrer par la rue de Cléry, goûter la géographie tortueuse du faubourg, penser à mon cheval imaginaire.

R m’envoie des propositions de maquettes. Choisir la typo, le corps, l’emplacement des folios. Désormais Comanche pèse cent quarante pages. Relire encore. Cut a vital connection.