Charleston Farmhouse

On se décide pour une visite de la maison de Vanessa Bell à Charleston. À la gare de Lewes il y a toujours un taxi pour vous y conduire, on s’assure du prix de la course, le chauffeur s’amuse de notre accent. En nous déposant  devant la maison il prend le temps de nous recommander une promenade, on a un peu de mal à suivre les indications qui se succèdent, Ce sera aussi une façon de sentir l’âme de Virginia, nous voilà démasquées.

Devant la maison — comme à Monk’s house, une mare, des nénuphars, une serre, un jardin. De nombreux échos entre les lieux, mais Charleston paraît plus excentrique. Ici — comme à Monk’s house, nous entrons dans la maison par petits groupes. Les murs, les rideaux, les tables, les fauteuils, la vaisselle, tout est prétexte à peinture. Même les montants des bibliothèques — dont celle de Clive Bell emplie de livres français — sont couverts de motifs. La maison est un tableau vivant que nous traversons émerveillées en imaginant le mouvement d’alors, les guides ne manquent jamais de nous rappeler la présence d’un membre du Bloomsbury group.

Le studio-atelier de Vanessa est le point d’orgue de la visite. Sur une table une mise en scène désinvolte de tubes de peintures, flacons d’huiles et térébenthine. Sur les murs des portraits de familles — celui de Virginia à la cigarette par Vanessa. De nombreuses photographies — on retrouve Virginia et Léonard, Clive et Vanessa Bell, leurs enfants, Duncan Grant, Roger Fry, Lytton Strachey, John Maynard Keynes, E.M. Forster, T.S. Eliot… Nous nous arrêtons devant un tableau peint par Duncan Grant. Une bénévole s’approche de nous, se réjouit de nous raconter en français la liaison supposée entre Duncan et le jeune Paul Roche qui lui sert de modèle — démentie bien des années après par une des petites filles de Grant, Mais cette pose très suggestive ne laisse pas de place au doute n’est ce pas ? Autour de nous le groupe circule qui ne comprend sans doute pas cette anecdote à l’allure de confidences. 

La porte du studio ouvre sur le jardin, où l’on nous invite à flâner tant qu’il nous plaira, nous renonçons à la promenade suggérée par le taxi, nous préférons laisser couler le jour ici, à ne rien faire, seulement regarder les chardons osciller sous le vent, nous asseoir sur le banc devant Charleston House, contempler la mare aux nénuphars, prolonger l’illusion que cet endroit nous appartient un peu.

le voyage anglais, Monk’s house

Bon pour un voyage sur les pas de tes héroïnes anglaises, c’était un cadeau fait à Alice pour ses vingt ans, enfin on y arrive.

Quelques heures après la traversée du pont Lafayette, nous sommes à Lewes, nous attendons le bus pour Rodmell où la petite vieille évoque la ferme qu’elle a eu autrefois, Mais tout a changé. Nous avons posé les valises à la roulotte louée pour la nuit, et sommes arrivées devant Monk’s house, là où Virginia Woolf a écrit une majeure partie de son œuvre. Là où avec Léonard ils finissent par se réfugier après qu’un bombardement ait endommagé l’appartement de Londres. Un peu en avance pour la visite, nous découvrons le jardin immense, les pommiers, un potager, l’étang, les étendues d’herbes où on peut s’installer comme chez soi, trois jeunes filles goûtent le jour bleu dans les transats mis à disposition.

Nous entrons, avançons par petits groupes dans la maison aux murs colorés qui nous font oublier les lambris blancs de la façade. Dans chaque pièce un bénévole amoureux nous raconte les aménagements successifs, le fauteuil préféré de Virginia, les livres qui envahissent la maison, les visites de T. S. Eliott, E. M. Forster, de sa sœur Vanessa, Duncan Grant… Il y a des tableaux, des portraits, des esquisses, des lettres, des bibelots posés sur les cheminées, temps figé, la veille encore on se réunissait à Monk’s house.

En entrant dans la chambre de Virginia l’impression que les voix s’amenuisent, peut-être la peur de réveiller les fantômes. Dans cette chambre Virginia n’écrivait pas, se reposait, recouvrait ses livres de beaux papiers pour calmer ses crises de migraine. On ne visite pas l’étage.

Dans le jardin, l’abri construit par Léonard, A Room of One’s Own. Sur le bureau une mise en scène de désordre — qu’elle aimait — avec des papiers chiffonnés. « Comme j’aimerais — je me disais cela pendant la promenade en auto cet après-midi — écrire de nouveau une phrase ! Que c’est merveilleux de la sentir prendre forme et se courber sous mes doigts ! Depuis le 16 octobre dernier, je n’ai pas écrit une phrase qui fût neuve. Je n’ai fait que recopier et taper à la machine. Une phrase dactylographiée n’est pas tout à fait la même. Pour une part, elle est faite de quelque chose qui existe déjà. Elle ne jaillit pas toute fraîche de la pensée ». Par la fenêtre qui fait face à la chaise de travail on voit le mont Caburn, à l’arrière des herbes envahissantes ondulent sous le vent.

Le lendemain nous sommes parties à pied vers Southease, frissons en passant au dessus de l’Ouse — elle aurait traversé les champs, personne n’a aucune idée de l’endroit où elle s’est noyée. À la gare nous retrouvons les trois jeunes filles croisées la veille au jardin, puis au pub, elle, que j’ai photographié à la sauvette parce que je lui trouvais une certaine ressemblance avec Virginia.

glissant mes pas dans les tiens

Premiers repères depuis notre terrasse à Keramikos, le gris du ciel, l’élégance du chien aux yeux vairons, l’omniprésence des chats, le parapluie qui fatigue le bras, Exarchia, penser à Nina et à Berlin.

Les bras surgissent, se tendent, les familles se photographient devant les colonnes, et ceux là — un couple et deux femmes qui s’étaient rencontrés la veille — se retrouvent, s’étonnent de cette coïncidence, Amazing ! Il se met à genoux devant elle, Oh my God, une des deux femmes filme la demande en mariage, son amie glousse.

Le Pirée à l’heure dite, une heure d’avance qu’il va falloir tuer. Le bateau de neuf heures s’éloigne. Un jeune couple sur le quai par ailleurs désert, brefs échanges pour se rassurer sur le prochain départ. Nous nous décidons pour un café à l’extérieur du port, à notre retour le couple a déserté le quai, remplacé par deux anglaises beaucoup plus âgées, on se rassure encore. En montant à bord, l’odeur de fioul et le tangage me soulèvent le cœur.

Nous avons fui l’animation du port à Hydra, nous avons longé la côte, nous avons battu la campagne, nous avons effrayé les chevaux, nous sommes montés au monastère du prophète, le souffle m’a manqué, au retour nous avons retrouvé la maison de Leonard Cohen. Le lendemain Philippe m’a dit qu’elle appartenait à ses descendants, j’étais gênée d’avoir regardé à travers la vitre.

La déception devant l’Olympiéion recouvert d’échafaudages, nous poussons jusqu’au stade des Panathénées, impressionnant, photogénique, mais la vie est ailleurs. La nuit est tombée, derrière les arbres une belle lumière éclaire le mouvement des branches agitées par le vent. Nous nous approchons, les chats se cherchent, nous nous surprenons à les observer longtemps.

Je vois passer une phrase sur les réseaux, Le monde est vraiment dégueulasse. Ce que j’oublie ici, hors du temps, hors du monde. Pourtant la ville est fracassée, effondrée, elle n’en finit pas de restaurer ses ruines millénaires, elle ne ressemble à rien de ce que j’avais imaginé, je suis toujours perdue, glissant mes pas dans les tiens, et j’oublie le monde.

Il y a un musée d’art contemporain pas très loin de notre logement, je suis très attirée par le titre d’une exposition Emptying my parents’ house, une exploration de la mémoire de ses parents par l’artiste, je m’emballe. Devant les œuvres figées, des photographies à la chromie saturée, très léchées, devant cette recherche de perfection je suis terriblement déçue.

Nous retournons à Exarchia, j’ai l’impression que cette ville où Nina est venue avant nous — à deux reprises — lui appartient un peu. Je cherche les paysages qu’elle a photographiés, je ne les retrouve pas. Sans doute que je la cherche un peu, aussi.

Au cours du voyage j’ai ouvert un carnet de voyage sur YouTube, des plans sans doute un peu trop rapides, montés dans l’ordre de filmage, le son brut, c’est sur ma chaîne (oui) :

de la terrasse

Chaque matin la même lumière, le même éblouissement, le même feu. C’est l’aube d’été ouverte par les chants d’oiseaux — le bruit inouï qu’ils peuvent faire quand le ciel est encore sombre, marine, d’encre — l’horizon s’éclaire à l’est par un élan du jour. Au sud la nuit résiste, la terre est toute petite. Un ruban rouge s’épaissit au ras de la mer, soulève la masse grise des nuages : l’aurore. Au loin des silhouettes de cargos, une chose guerrière, une menace.

C’est un jour calme, limpide, hypnotique, le soleil déjà tiède, suspendu dans l’air sec, la mer étale. Il y a une lumière venue d’ailleurs, surnaturelle, ardente, qu’on croirait déboulée du soir, de l’or en suspension au-dessus de l’horizon. L’eau elle même semble alourdie de chaleur, sa brillance de rayonne surexposée, son parfum de peau ambrée. Ici monte un air moite, indolent, le temps s’arrête. Ici oublie la fin du monde. 

Le ciel vaporeux, trop clair, délavé d’un soleil haut / blanc /aveuglant. L’île d’Elbe dresse au lointain sa roche cobalt. Là où la terre rencontre l’eau, monte une brume légère, tremblante. Sous le soleil un écran de mica. Surgissent les silhouettes fragiles de fantômes endormis, attendre leurs chants. L’ombre effilée d’un nuage, sa marbrure froide sur la mer lisse, une ligne de sable ensevelit les drames.

Le vent s’est levé, un fort libecciu. Depuis deux jours il chante, il charrie une odeur fraîche de large. Il s’approche de la mer, la caresse, la froisse, il la creuse comme une mémoire. Il fraye, il ouvre, il dénude le ciel, l’allège de nuages, le durcit de bleu. Il réveille la netteté des vagues, leur intensité d’aigue-marine, leurs ourlets d’écume. Il éclaire la côte d’Elbe, les pierres. Le vent ouvre les plis.

Dans le jour restant, dans la lenteur du soir, le maquis exhale la chaleur d’été en bouffées âcres. Le soleil passe derrière les monts, on sent le premier fraichissement. À l’est le bleu du ciel s’estompe dans les nuages, se gorge de tourbillons rose tendre, un crépuscule de papier buvard. L’Elbe mauve flotte sur l’eau dormante, drapée de sa gaze transparente. Au sud une langue de terre s’illumine, les roches replient en silence pendant que la nuit tombe.

Ça a commencé par une nuit soudaine, un air trop lourd, les nuages se sont chargés de carbone, une tempête de cendres s’est levée au dessus d’Elbe, lointaine et silencieuse, le ciel eut l’air de s’effondrer en dedans, la foudre a griffé l’obscurité, des feux se sont allumés dans les déchirures, ils ont éclairé la nuit d’un chaos grandiose, on ne voyait plus la mer.

Le ciel et la mer dissolus dans les ténèbres, le vent tombé, le ressac plus proche. L’étrangeté d’un frémissement orange sur l’horizon, une apparition. Un temps on ne comprend pas ce que c’est. Il faut sa lente ascension, il faut qu’elle reprenne sa couleur froide de lune, il faut qu’elle diffuse son halo pâle. Il faut son reflet comme une voie sur la mer plate, il faut alors guetter les ombres.

Texte écrit sur une proposition de François Bon, dans le cadre de l’atelier d’été

jusqu’au jour tiède

Erbalunga

à l’hôtel Mattei, recroquevillée sur un lit de camp, la nuit tapie dans les angles, la litanie de cauchemars à voix haute de l’aïeule

sur l’avant-bras l’empreinte des vagues du velours vert et rassurant, le nez réfugié dans le pli moite du coude

un vrai silence, un silence de doutes, d’ombres, puis le bruissement du peuplier, le vent se lève qui fait claquer les filins sur les mâts, l’impression confuse que l’endroit est hanté 

accrochée à la clarté du phare, son balai lent qui veille, l’odeur rance des armoires en tissu plastifié

une chambre hors du temps, minérale, froide comme une église, malgré les couches de vêtements les chaussettes superposées le poids lourd d’une couverture de laine rêche, le froid

un parfum de bois chaud dans la soupente aux lambris blancs, le déchirement brutal de l’orage, guetter la pluie sur la fenêtre de toit

un courant d’air, une porte claque, se convaincre d’une présence étrangère dans la chambre voisine, de bruits de pas, l’effroi grandissant 

la pesanteur, des voix basses et lointaines, des relents de cuisine, au bord du lit prête à se laisser glisser vers le sol pour échapper à la chaleur

se réveiller par intermittence, suivre les fissures, observer les changements du ciel à travers les jalousies, jusqu’au jour tiède 

la rumeur continue des vagues en contrebas, la douceur des courbes blanchies à la chaud entre murs et plafond, l’éclat des rideaux rouges percés de soleil

Texte écrit sur une proposition de François Bon, dans le cadre de l’atelier d’été

et puis jouer, jouer encore

Hiroshima, novembre 2019

les cercles blancs sur un quai de gare comme archipels pacifiques
rues assourdies en lettres capitales
l’odeur des tarmacs / un vol de nuit / illuminations urbaines vues du ciel
être au monde / oublier la distance / succomber au vertige
l’obscur incertain des rêves
l’inquiétante étrangeté d’une image d’enfance, une baleine échouée
temps replié / un ventre / une forteresse
l’ardeur rousse d’une forêt de séquoias
et puis jouer, jouer encore
l’ivresse des draps
un mirage amoureux soulevé du sol / l’intimité d’une voix
écorcher les nuages aux frontières
marcher sur l’écume
sauver la dune / l’estuaire / le soleil / ta peau
tenir, tenir tête aux vagues

Texte écrit sur une proposition de François Bon, dans le cadre de l’atelier Baudelaire

À VENDRE

Edenville, Manche

Là c’était la dune, entre la dernière villa d’Edenville posée sur la digue et l’embouchure du Crapeux, elle dominait le paysage courbé de la baie, les vagues épuisées sur le sable, les colonies de mouettes bécotant l’estran froissé sous le ciel changeant. Là c’était la dune plantée d’oyats, liserons des sables et chardons bleus chargés d’escargots minuscules, zone blanche flanquée de la plage à l’ouest et d’une petite route goudronnée en contrebas à l’est. Au delà des terrains vagues piqués de coquelicots, quelques pavillons des années cinquante égarés au bord de la nationale qui relie les deux stations balnéaires, puis des mielles  jusqu’au pied des falaises, invisible, derrière, la douceur du bocage. Là c’est un territoire libre et fragile, une respiration de sable en collines instables d’où les garçons se jetaient en mimant la mort sous le feu de balles imaginaires, où nous abritions nos bivouacs adolescents, feux de camps joyeux et interdits, nos réveils frileux aux parfums iodés. Maintenant sur la mielle se dresse une géométrie rigoureuse d’ardoise et de béton, balcons sur gazon impeccable face à l’horizon flambant du soir, baies miroitant ciel et Manche confondus en gris soyeux. Trop de tempêtes, d’hivers pressants, de batailles à venir, maintenant ce sont les ganivelles arrachées par les marées, le sable aspiré par les vagues méthodiques, grain par grain la côte se déchire. On ne sait pas comment mais c’est attendu que le paysage changera encore. Peut-être une vague de dessous la mer en cavale puissante depuis Chausey, peut-être un effondrement de ce qu’il reste de la dune, ou une tempête exotique plus violente encore que toutes ses sœurs emportera le tout. Il n’y aura pas de mots pour cela, en attendant, accrochés comme pare-soleil devant les fenêtres éblouies, des panneaux aux couleurs criardes brinquebalent leurs À VENDRE désespérés.

premier jour

Aube, Erbalunga

Pour la première fois je ne venais pas en Corse en famille, j’aimais l’odeur du tarmac de Poretta, je m’arrêtais légère au creux de ce virage traversé si souvent à l’arrière de voitures enfumées de tabac blond, en amont de la marine d’Erbalunga. De la route on ne devine pas la beauté du lieu, elle se révèle derrière la maison bâtie sur une langue rocheuse. La façade s’ouvre au levant sur une terrasse en surplomb d’un jardin arboré — un abricotier, des pins, des aloès, des herbes ensauvagées que je ne sais nommer — qui descend en espalier jusqu’à la mer. Au sud les marines s’enchaînent jusqu’à la ville, une langue de terre se devine au loin, au nord une première crique surmontée d’une maison d’américain, puis les façades d’Erbalunga posées sur l’eau jusqu’à la tour génoise en ruines. Je n’ai pas senti glisser le jour, occupée à chasser l’air confiné de la chambre, défaire mon sac, faire mon lit, m’accoutumer à la circulation dans la maison, repérer les îles sur l’horizon, Capraia, Elbe, Montecristo, sentir les premiers assauts de souvenirs vacillants. C’était juin, je me suis réveillée à l’aube, j’entendais le ressac de la mer et le chant vif des grives et des sittelles filtrant par les jours des fenêtres fatiguées. À travers les jalousies perçait une faible lueur qui m’appelait au dehors, je suis sortie doucement de la chambre — la maison dormait encore — j’ai traversé le séjour, goûtant le mat frais des tomettes, l’odeur de poussière rance jusqu’à la porte vitrée qui ouvrait sur la terrasse, j’ai pris appui sur la balustrade en métal blanc, je me croyais sur le pont d’un navire qui se détacherait lentement de la terre. Le paysage se resserrait tout autour, de l’index je pouvais toucher l’horizon désert, l’Elbe adoucie de brume, la tour génoise ébréchée, les silhouettes étranges des agaves au pied du palazzu à l’entrée du village. Je pouvais entendre bruisser les feuillages engourdis de la fraîcheur de la nuit, le clapotis de l’eau sur les rochers en contrebas, un léger voile orange se formait au dessus de la mer, c’était juste avant le grand incendie. Les oiseaux se sont tus soudainement, il fallait faire place au soleil. Il apparu, une goutte de métal en fusion rejetée par la mer, il a soulevé avec lui les nuages gris comme des cendres lourdes, l’ardoise du ciel céda au rose, alors j’ai réalisé que c’était la première fois que je voyais le soleil se lever au dessus de la mer, ces couleurs je les connaissais d’avoir vu souvent le couchant sur la Manche ou même de l’autre côté de l’île, mais une aurore sur la mer c’était bien la première fois. J’ai été surprise par la tiédeur de l’air qui d’emblée s’est imposée, avec elle des souvenirs d’étés trop chauds, d’ennui brûlant, l’odeur des feux, ces frôlements d’enfance. Le vent s’est levé, creusant mollement la surface de la mer, je flottais dans un temps suspendu, dans la chaleur surprenante du matin, m’obstinais à scruter le miroir de l’eau, à m’éblouir en quête de mémoire, jusqu’à faire surgir les visions hallucinées de silhouettes aimantes, leurs regards doux et sombres, leurs sourires radieux. C’est à ce moment qu’un scintillement entre la dentelle des arbres m’a aveuglée, j’ai dû fermer les yeux, le ciel blanchissait déjà et son reflet sur la mer faisait silence.

Texte écrit sur une proposition de François Bon, dans le cadre de l’atelier d’hiver, prendre