au jour le jour

Je retrouvais l’horizon attendu, la canicule semblait tenue à distance, autour la bande de filles était joyeuse, attentive,  je riais avec elles, je savourais la nourriture que chacune préparait pour les autres, je ne faisais pas semblant, il y avait pourtant ce bruit de fond, cette inquiétude constante, on allait encore une fois compter nos morts, Philippe me disait au téléphone qu’il vivait dans le noir, que la lumière c’était de la chaleur en plus, je pensais chaque jour aux filles, je ne retrouvais pas l’élan des petits matins à contempler l’aurore, n’écrivais pas, ne lisais pas non plus, prenais moins de photos qu’à l’accoutumée, je suivais le mouvement, heureusement les méduses se tenaient à distance, j’ai pu retrouver le goût de l’eau,  je plongeais chaque jour depuis le rocher et retrouvais dans ce geste quelque chose de l’enfance, la fierté de sentir mon corps tendu fendre l’eau sans résistance, je croyais que cela suffirait, puis le retour, se cogner à la réalité éprouvante, la chaleur qui n’avait pas cédé, les nuits difficiles, la colère devant ce que nous sommes en train de laisser advenir, il y a les mots de Philippe, sa manière un peu brutale mais salutaire de me remettre les idées en place, il y a l’énergie d’Alice, son engagement toujours et le bonheur du voyage écossais, la résilience de Nina, notre désir de nous retrouver bientôt à Carolles, le jardin de Saint-Leu, les visages amis, la lumière et la nourriture, il y a comme il me le demande, vivre au jour le jour et ne pas se charger de toute cette douleur.

Publié par

Avatar de Inconnu

caroline diaz

https://lesheurescreuses.net/

Laisser un commentaire