jouer ensemble

Dans le lamé or de son pantalon c’est une brindille, elle se déhanche, elle hurle dans le micro du karaoké, ses bras dénudés, la peau sur les os, elle me fascine et m’effraie.

Dans mon rêve je trouvais un fragment de pochette d’allumettes avec une illustration d’arbres. Ce serait un beau sujet de gravure, pas tant les arbres que l’échelle du dessin qui réveille mon goût du détail. Ça me donne envie de graver des miniatures, mais j’ai des doutes sur ma vue.

L en arrivant à l’atelier me dit qu’elle a pensé à moi, elle porte comme elle me l’avait promis un de ses pulls jacquard — je la photographie alors qu’elle retouche un monotype. Tu as toujours dessiné ? Oui, en chuchotant elle me confie d’où ça vient le dessin, comme un secret. Je fais son portrait, lui demande de sourire, en se découvrant sur l’écran de l’appareil elle est surprise, Cette joie sur mon visage, elle est tellement plus grande qu’à l’intérieur.

Deux fois, c’est le début d’une habitude ? On se retrouve au Typick, le jeune homme se souvenait même de la tisane qu’on avait bue la dernière fois. On évoque nos pratiques, la possibilité d’un projet ensemble, des trucs matériels à régler, mais on pourrait. Alice passe me chercher, N lui pose pas mal de questions, Albion surgit. Parler ne remplace pas écrire mais Alice était heureuse d’en parler. Les jours suivants j’aime découvrir sur son compte Instagram les photographies prises autour de ce moment, comme un prolongement.

Pendant qu’il prépare le couscous à emporter je sors photographier la lune, cherche l’angle qui la rapproche du sommet des arbres, crée l’illusion d’un autre paysage. Me reviens le dernier rêve, je surprenais une conversation par sms qui ne m’étais pas adressée, H évoquait mon écriture, c’est dark et triste, j’étais vexée mais ne pouvais demander d’explication puisque je n’aurais pas dû lire ces mots.

Clark me montre comment charger la pellicule dans le Yashica, il m’explique quelques réglages, tout un apprentissage à refaire. Un peu impulsif cet achat, comme on achète une paire de chaussures qui ne nous irait pas vraiment. Ma fascination pour cette visée par le dessus, cette hauteur particulière de prise de vue ont eu raison du raisonnable, et je compte bien le partager avec Nina, on inventera des protocoles.

Sa présence rare le samedi, la lumière qui perce, notre discussion vive en marchant vers Ménilmontant, cette impression merveilleuse de repousser les murs, la confiance qui revient. Et puis jouer ensemble, je photographie, il filme, et l’inverse, je lui dis que je reviens de loin, ça le fait rire.

la nuit attendait aussi

Finir le texte pour les vases communicants avec Myriam Oh, frustration de ne pas s’affranchir de la narration linéaire — j’espérais en allant vers elle trouver une scansion différente, aller vers la poésie. La surprise de voir le texte retomber sur ses pattes, en face.

Sensation de lourdeur, l’image de mon corps vieille, repliée, je suis mourante — l’impression d’être pourtant vraiment éveillée. Laisser l’air reprendre sa place autour, l’angoisse difficile à décoller .

En arrivant au cours de gravure Louise écarte les pans de sa blouse pour me montrer un pull en jacquard coloré — j’avais été la semaine dernière impressionnée par celui qu’elle portait, déjà tricoté par sa mère. Dommage que je n’ai pas l’appareil avec moi. Je lui demande si elle accepterait que je la prenne en photo avec ses pulls, dans l’atelier, elle me raconterait des souvenirs de sa mère au tricotant, l’idée lui plaît, la manière dont ça a surgit me rend très joyeuse.

ne pas lutter contre, sombrer, rester dans la tiédeur des draps — retarder le départ — se raviser et danser comme une enfant — les faire rire, rire avec eux — espérer plus de lumière — y aller, fermer la maison — trouver miraculeusement un Vélib — pédaler plus doucement — laisser les pensées vivre leur déroute — louper l’embranchement de Richard Lenoir — le réaliser en passant devant Saint-Ambroise — se demander si cela a à avoir avec traîner au lit — tourner la tête en passant devant la rue de l’asile Popincourt — penser à elle

Rendez-vous professionnel en visio, elle est jeune — je fais ce constat de plus en plus souvent. Elle me parle une langue que je ne comprends pas, ne se départ pas de son sourire, cette bonne humeur de façade, apprise durant sa formation en école de commerce, elle me balance des chiffres, je ne sais jusqu’où je peux faire semblant, si je lui fais comprendre que ça m’échappe un peu — dashboard, conversion, captif.

Se forcer à marcher dans la nuit et le froid, je n’ai pas pris de photos de la semaine, trop de déplacements, le poids de l’appareil, la lumière désastreuse. Dans le temps et l’espace contraint de mon trajet, j’aime le rapport au cadre, aux éléments, il bruine, maigre moisson.

Le réveil ne sonnait pas — ai regardé l’heure quatre ou cinq fois — ai écouté le calme dans l’immeuble — ai senti le froid hostile — ai contemplé le plafond découpé en ombres floues — ai pensé aux photos que je n’avais pas prises — ai deviné que la nuit attendait aussi — ai entendu mes pensées s’effondrer — ai desserré la mâchoire — ai senti un goût amer sur la langue — ai respiré l’air alourdi de nos souffles — ai espéré la sonnerie — me suis rapprochée de toi, sans te réveiller.