présence de ma mère

Ici la nature est intense, les cigales presque trop bruyantes.


Nous traînons après le dîner sur les transats, la lune éclaire la nuit, j’écoute mes amies, leurs voix qui baissent. Je commence à compter les jours, non que je ne sois pas bien ici mais la perspective de nous retrouver tous les quatre à Marseille me rend impatiente.

Nous égrenons la lavande, son parfum entêtant ne me décourage pas, j’aime m’absorber dans ce geste.

Difficultés avec l’atelier d’été, je ne sais pas si je fais bien de m’accrocher au manuscrit commencé il y a deux ans, me sens démunie.

[Cauchemar]. En visite chez mes parents, avant de frapper à leur porte je croise une femme qui me charge de leur annoncer leur expulsion prochaine, quand j’essaie d’en parler à ma mère je devine qu’elle sait, sa honte et sa peur, la réalité me rattrape, je sors du cauchemar, mes parents sont morts et ça me soulage. 

Nous nous retrouvons devant la gare, je souris de la voir comme à son habitude si peu chargée. Nous sommes en avance, prenons un café et un croissant au soleil, dans le train nous passons un long moment dans la voiture bar, profitant du travelling horizontal en longeant la côte.

Belle exposition au MAC, m’amuse que ce musée soit à deux pas de l’endroit où j’ai vécu trois années de mon adolescence, dans un quartier résidentiel sans intérêt, en sortant passage rapide au pied de l’immeuble, des visages surgissent, puis la traverse Paul que j’empruntais pour aller au collège. À la sortie du parc Borély, nous avisons une pizzeria peu fréquentée dont la patronne ressemble à Annie. Alice nous rejoint dans la soirée.

L’exposition Baya à la Vieille Charité, plusieurs représentations de mère et enfant particulièrement émouvantes, visages et regards tendus, un film tourné aux alentours d’Alger, des bijoux kabyles, le chatoiement des couleurs, les extraits d’un documentaire où l’on retrouve l’artiste à la fin de sa vie, présence de ma mère.

en famille

Cette semaine le journal est en mode estival, éloignée de la civilisation, dans le lieu même où naissait ces carnets il y a deux ans, je n’ai qu’un accès réduit au réseau et je n’ai pas les bons outils pour partager mes images. Il y a ces deux photographies chargées sur le blog avant mon départ, traces d’un moment rare où nous sommes tous les quatre réunis, nous avons fêté les diplômes des filles au thaï préféré, avons remonté le canal avec cette belle lumière du soir, puis avons visionné les films tournés depuis novembre, chaque mois une minute (à peu près) de film chacun, montées bout à bout, à la fin on sait qu’il faut continuer ce journal familial, dont l’étrange poésie se révèle avec la distance.


Et ce matin la joie de partager mon premier entretien consacré à Comanche, immense gratitude à Karen Cayrat qui m’accueille dans sa revue en ligne Pro/p(r)ose.

Chère Anne-Marie

Le jour était souple, tiède, un air vagabond courbait les herbes et les pommiers. Un ciel bleu comme — t’en souviens-tu — celui brillant au-dessus de Santa Maria Novella au printemps 1986. Dans le jardin du cloître les pâquerettes lançaient des flammes blanches sous le soleil. Tu t’étais agenouillée dans l’herbe, tu avais pris une photographie, ton appareil tenu à bout de bras, j’ignore ce que tu as photographié, il faudra que je demande aux filles un jour. Nous avons traversé la maison de Virginia, les murs étaient colorés, comme ceux de l’appartement du passage du Chemin Vert — cette maison te ressemble. Nous avons été à Charleston chez la sœur de Virginia, on t’imaginait facilement conteuse par ici. Puis nous avons remonté le fleuve Dart, nous venions d’apprendre la triste nouvelle, tu n’étais plus là, ce n’était pas réel. Nous naviguions vers Greenway, tout était baigné de cette couleur verte, l’eau du fleuve, l’air et les arbres autour. Puis nous avons traversé le pays, d’est en ouest, du nord au sud, à la rencontre de ces autrices anglaises que nous aimons tant, Jane, Charlotte, Emily, Virginia toujours, partout nous avons senti ta présence lumineuse. Chère Anne-Marie, tu es là encore ce matin, et il me suffit d’ouvrir un de tes livres pour entendre ta voix.

une plage déserte avec la mer

Configuration inédite du déjeuner du dimanche, Alice partie en séjour éducatif à Belle-Île, Nina de passage cuisine pour ses grands-parents. Me viennent des images fugitives des repas chez ma mère, ou chez ma tante, un manque.

Dans la salle d’attente, la radio diffuse une revisite des Parapluies de Cherbourg, les murs sont couverts de hautes bibliothèques, chargées de livres et d’œuvres encadrées, peintures, gravures, photographies, on ne sait pas si on peut réellement consulter les ouvrages, et la sensation d’être dans l’intimité du médecin.

On me dit il faut battre le fer… Je n’y arrive pas, me heurte aux refus polis, on me répond rentrée littéraire, et je ne suis pas légitimée par une maison d’édition, ne pas forcer, ne pas chercher à utiliser les canaux de l’édition traditionnelle. Désillusion balayée par le message de P, la lettre manuscrite de C, ce qu’ils ont pensé de Comanche, ça rassure.

Depuis la pente de l’avenue Parmentier, la place Voltaire à l’horizon, je me surprends à vouloir regarder au-delà, me mets en danseuse, une posture de l’enfance, soudain je suis transportée sur la route de Carolles — on l’appelait à l’époque route nationale, toute la menace qu’il y avait dans le mot nationale. Je m’attends à voir la mer alors que je n’ai pas quitté la ville.

Chaque bouffée d’air frais comme un sursis, je ne parviens plus à me réjouir des voyages qu’entreprennent mes ami·es. Déjeuner avec Gracia, elle fait mon portrait, édite un mini tirage avec son imprimante qui ressemble à un jouet, je le colle sur le numéro open art de la revue Radicale qu’elle a ornée de fragments calligraphiés.

La mère à l’enfant, attention à pas te manger le doigt en croquant, je pense à toutes ces peurs entretenues stupidement auprès des enfants, on en parlait avec Philippe ce matin en observant l’araignée qui cheminait sur le plafond.

L’homme et la femme sont assis à la terrasse d’un bar du bas Belleville, portent tous les deux des lunettes de soleil, elle dit en souriant la main repliée qui soutient le menton, si j’avais le choix là ce serait une plage déserte avec la mer, il répète faussement convaincu ah oui une plage déserte avec la mer, j’aimerai écouter la suite, confirmer l’impression que c’est un premier rendez-vous.

une transmission s’opère

La femme roule entre ses doigts les perles de son chapelet, de ce geste je ne retiens que le réconfort de la douceur du bois sous les doigts.

La brume de l’arrosage automatique flotte devant les feuillages, en faisant le cadre pour filmer son mouvement je m’aperçois qu’il n’y a pas de carte SD dans l’appareil. Je fais l’inventaire des photos que j’ai cru prendre avant de les oublier : la femme à la robe colorée, les deux hommes qui faisaient glisser un canapé vers leur campement au bord du canal, la lumière qui traverse un bouquet de fleurs en papier.

Les avions de chasse passent au dessus du local rue de Charonne, je n’ai jamais gouté les cérémonies du 14 juillet, mais je me surprends à apprécier le bruit des moteurs, ça me fait sourire de devoir ça à Comanche.

Nina me rejoins à l’atelier, elle plonge dans mes boîtes de tissus, découpe les minuscules carrés qui seront destinés à la confection d’un patchwork, une transmission s’opère.

Le type au téléphone dit qu’ici on peut avoir les quatre saisons en une minute, je me demande un instant s’il parle de musique ou de météorologie.

Nous marchons jusqu’au Pré-Saint-Gervais. Pour franchir le périphérique nous empruntons un bref tunnel qui me rappelle la visite chez Jane Austen, un passage entre deux mondes, deux temporalités. Je pense à Clo qui a vécu ici. Alors que j’hésite à photographier un chat j’entends un père donner mille recommandations inquiétantes aux parents du copain qui emmènent son fils en vacances.

Échanges avec B de l’atelier du Tiers livre, « il y a des mots qui viennent de chez toi et qui ont résonné à la lecture de Comanche : Cherchell Zeralda l’aviateur le cimetière d’Ivry cités sans source et sans autorisation », me vient l’image d’un rejet, au sens botanique, la figure de l’aviateur du cimetière d’Ivry qui ressurgit ailleurs, je crois que rien ne me fait plus plaisir.

revenez vite

La lune nous offre une de ses merveilleuses apparitions, spectrale, affirme lentement sa présence, je me souviens de la première fois où nous l’avions vu se lever ici sur la mer, de notre confusion passagère — que fait le soleil, d’apparaître à cette heure ? On imagine planifier notre prochain voyage autour d’un lever de pleine lune sur la mer.

Pour la première fois j’ai passé dix jours dans la maison, je suis de fermeture et plus sereine que d’habitude. Dans l’avion, ma déception d’être à la droite de l’appareil vite oubliée, nous coupons vers l’ouest, je peux photographier le lido étroit, Bastia minuscule, où je promène les silhouettes de mes aïeules.

J’écris pour l’atelier, ouvrir des voies, tout est encore très confus, mais j’aime mes / j’ai mes personnages, je sais d’où elles viennent et ce qui nous lient me tient. Rien d’autre ne m’intéresse que de maintenir ou recréer ces liens, l’intimité.

Un caillou dans la chaussure. Les records de chaleur sur Terre battus deux fois cette semaine — ça m’écrase de l’entendre. Je regarde compulsivement les sites météo pour tenter de me rassurer.

L’enfant est comme un papillon, il s’arrête devant les étincelles que la meuleuse produit sur le métal, il traverse le pont puis se ravise, contemple la péniche prisonnière de l’écluse, plus loin ramasse une feuille, la patience du père me réconforte.

Elle m’appelle comme souvent au moment où elle prépare son repas, cette fois me demande ce qu’on met dans la salade de pâtes, elle ne comprend pas pourquoi elle ne retrouve pas le goût d’ici.

Après la micro inquiétude du matin — des interdits préfectoraux, des trains supprimés, retrouvailles dans le jardin de Nathalie. Nos bouts d’histoires me fascinent, tout est signes, résonances. Après votre départ le portail s’est bloqué impossible de fermer … alors revenez vite

ici

Nous décidons de rejoindre la plage du moulin à la nage, plongeons depuis les rochers, quelques brasses, la décharge électrique, je crie, la douleur et la colère inutile. Sur le trajet retour croiser d’autres méduses, je crie pour conjurer la peur de me faire piquer encore, aisselle, clavicule, poitrine, elle ne m’a pas loupé.

Les chênes verts ont été élagués, on découvre des toitures, la statuette dressée devant l’église de Lavasina, des virages soulignés par le balai des phares la nuit. Ici la nuit tombe vite, savoir que les jours commencent déjà à raccourcir me rend un peu mélancolique, se dire que la nuit est plus douce à la terre me console.

J’explore la bibliothèque du premier, je ne retrouve pas le livre que je cherchais, il y a par contre un très vieil exemplaire du Docteur Jivago. Je crois que ma mère l’adorait, nous avions vu le film ensemble durant l’été 83, et je me souviens de sa passion pour Omar Sharif. En lisant les premières lignes du livre, je suis frappée par la scène d’ouverture, l’enterrement de la mère. Ici, à quelques kilomètres du cimetière où est enterrée la mienne elle résonne étrangement.

Ici j’échappe au reste du monde, pourtant vite rattrapée par les images insoutenables, les commentaires autour du meurtre de Nahel. La mort du jeune homme déjà balayée par des réticences, des parades, des c’est compliqué. Tristesse.

Le ciel s’éclaire déjà bien que le soleil ne soit pas encore levé, je filme la lumière du phare de Pianosa à l’horizon, l’appareil peine à faire le point, ça produit une lente pulsation lumineuse, net, flou, net, flou, je sature ma carte mémoire de cette hésitation. Ugo m’attend devant la maison de Valérie, nous filons au village, discussion enjouée face à la mer. D’avoir été assise ici même il y a un mois avec Philippe me donne un instant l’illusion que je vis ici.

Nous nous décidons pour le petit restaurant ouvert dans la ruelle, temps incertain. Il pleut, le patron nous fait entrer dans la salle minuscule, la soirée dérape joyeusement, nous chantons, je tente d’expliquer à une inconnue en quoi je suis corse, l’horizon se charge d’éclairs que je n’arrive ni à photographier ni à filmer.

Le temps se précipite, je mesure à chaque voyage comme je me sens de plus en plus liée à ce territoire. Je fais déjà l’inventaire des chênes coupés, des mouvement de vagues, de la forme des nuages, des disparitions/apparitions d’Elbe, des photographies que je n’ai pas prises. L’impression que le texte ne s’écrit pas, les mots rassurants de Philippe, ça infuse j’en suis sûr.

inside the work

Elle est penchée sur ses pieds, je lui demande si elle est blessée, non il y a une coccinelle, j’ai eu peur de l’écraser, ça porte bonheur, de l’index elle la pousse délicatement vers le bord du trottoir pour l’aider à prendre son envol.

Retrouvailles avec L’aiR Nu rue de Charonne. Des idées qui émergent, le groupe qui s’élargit, de la joie et l’évocation d’un séjour à Clermont.

J’avais le matin gravé une plaque de rhénalon à la hâte, au tirage, surprise du trait vivant, de la teinte qui se dépose. C’était la dernière séance avant les vacances, je me fais croire que je préparerai des projets pour la rentrée.

Je fais une petite pile de vêtements, rassemble le matériel numérique, renonce à glisser un roman de Kundera dans la valise. Cette idée étrange — me rapprocher de ma mère à travers cette lecture parce que je me souvenais de son enthousiasme pour cet auteur que je n’ai jamais lu — suffit à la faire apparaître lisant couchée sur son lit, genoux repliés, la main gauche recroquevillée à l’arrière de la nuque, une rare image d’abandon.

Nous nous croisons en haut de la piazza, ce n’est pas tout à fait un hasard, nous venons à la même séance. Notre ami Arnold Pasquier présente Terrazzo. Un homme étreint l’absence dans un appartement désert, en vis-à-vis on suit une déambulation en caméra subjective dans le parc Strefi d’Athènes, surplombs magnifiques, dont on trouve l’écho chez Franck Smith qui filme le long d’une frontière entre les deux Corée. Ça réveille mon envie de monter les images tournées en Corse au mois de mai.

Nuit agitée, perspective du départ, dans mon dernier rêve des adolescentes occupaient la chambre dans laquelle je dors habituellement, sauf que ce n’est plus la même chambre puisqu’elle a depuis été détruite, puis reconstruite. Sur la route de l’aéroport toujours l’accélération du cœur, le surgissement de la citadelle dans la lumière du soir. La chambre n’est pas habitable, on s’installe dans l’aile sud.

Au réveil rituelle fascination du scintillement sur la mer. La maison est à l’image du chantier d’écriture que je décide de ré-ouvrir, du désordre, de la poussière, des poutres posées en renfort. L’attachement ravivé au territoire, qui s’est noué ici même il y a dix ans, me rapproche brusquement de mes personnages.

alors que tout le monde se presse autour de moi

Arnold m’envoie une photo des dernières affaires d’ A-M, posées devant l’immeuble du passage du Chemin Vert. Sur un des cartons on peut lire « en route vers votre nouvelle destination ». Les volets clos, le panneau publicitaire de l’agence immobilière et la tristesse qui envahit. Il m’arrive souvent de photographier ces vies étalées sur les trottoir, d’imaginer le départ, la disparition cachée derrière, presque toujours je pense à une femme.

Pendant quatre jours ils sont restés près de l’avion à attendre qu’on les retrouve. Elle a déchiré des vêtements pour protéger les blessures de ses frères. Ils ont pris la farine de manioc transportée dans l’avion. Ils ont commencé à marcher à travers la forêt. Elle ne savait pas comment sortir. Ils ont laissé des indices aux endroits où ils dormaient. Cette histoire n’a pas fini de nous fasciner.

Il est assis sur le siège avant de sa voiture, portière ouverte, son corps tourné vers l’extérieur. Il trempe du pain dans l’huile d’une boîte de sardines, je remarque ses pieds mal chaussés, que la vitre arrière est remplacée par un tissage d’adhésif brun, je comprends que sa voiture c’est sa maison.

Je ne la reconnais pas, ni dans la salle, ni en terrasse, je me convaincs un peu trop vite que ce n’est pas le bon endroit. Je ne suis pas loin des Buttes Chaumont, décide de traverser le parc. C’est la première fois que je le fais à cette heure en été, le soleil déjà très bas poudre le sommet des herbes d’une lumière presque orange, je pense à la colline de Philopappos, c’était je crois notre dernier soir à Athènes, je regrette de ne pas avoir pris mon appareil photo.

Je renonce au Vélib pour prendre le temps de photographier les roses trémières sur le chemin, elles s’en donnent à cœur joie dans les bacs de végétalisation de la ville, d’après Philippe c’est du chiendent, je me souviens de celles qui poussaient devant les villas d’Edenville, elles me faisaient penser à d’élégantes marquises. Je tourne autour d’un papillon, doucement pour ne pas l’effrayer, alors que tout le monde se presse autour de moi, malgré la chaleur accablante.

Dans la salle il fait chaud, M ne se sent pas bien, se lève pour sortir, je ne pensais plus à elle mais on entend un bruit de chute, des voix, de l’agitation, enfin comprendre qu’il s’agit de M, nous sommes avec F les mieux placés en bout de rang pour nous approcher d’elle, la découvrir inconsciente, mise en PLS, autour déjà trois personnes en action, son regard effrayé au réveil, je ne me sens pas très fière, préoccupée par cet instant où j’ai eu peur de m’approcher d’elle.

Elle monte dans le métro presque désert, le reconnaît et elle sourit, surprise de le retrouver là, elle s’assoit en face de lui, il a les yeux rivés sur son téléphone, un casque sur les oreilles, ne la voit pas, elle me regarde, me sourit, me fait entrer dans la connivence de leurs retrouvailles, elle reprend son sudoku, puis le regarde, sidérée qu’il ne prête pas attention à elle, il ne bouge pas, elle me regarde, vérifie que je partage son étonnement, on se sourit encore, elle se décide à le toucher d’un petit coup de genou, il lève la tête, ça fait deux minutes que je suis là, il enlève son casque, tout doucement, oui je sais.

on retourne voir la mer

On retourne voir la mer, descente abrupte à la plage du Tilleul. En posant la majuscule à tilleul je m’étonne qu’on donne si souvent des noms d’arbres aux plages.

Revenir à l’atelier d’écriture de François Bon, éviter le et maintenant ? Y aller sans arrière pensées, même si dans la tête c’est valse hésitation entre Corbera et les fragments corses.

À peine j’entre dans la librairie qu’elle s’exclame Tu l’as fais ! Elle voudrait en savoir plus, me pose des questions sur Pierrot, notre vie matérielle. Puis elle retire d’une des tables une pile de livres, pose les six exemplaires de Comanche à la place. Une cliente exaltée nous explique qu’elle vit dans les livres, ce ne sont pas eux qui vivent chez elle.

Une jeune femme brune s’arrête devant la boutique d’aquarium, et s’exclame Oh des poissons ! avec une espèce de gourmandise qui me déconcerte, aujourd’hui il y a encore des personnes qui se réjouissent à l’idée de posséder un aquarium et d’observer les poissons tourner en rond ?

Nous nous retrouvons à Montreuil, le soleil sur les toits, l’émotion des filles, de J-C, des perspectives, les cannelés délicieux apportés par F, et la présence d’Anne-Marie.

Vu Atlantique de Mati Diop. Le plan des jeunes gens dans le camion, le visage de Souleiman, son corps qui déjà refuse de partir, le regard d’Ada, la montée dramatique, l’océan comme personnage, la ville, les lumières sublimes, le fantastique, longtemps qu’un film ne m’avait pas autant transportée, merveilleux et poétique.

Avant de m’aventurer sur le marché de la poésie je retrouve Nolwen, puis Karen pour leur remettre un exemplaire de Comanche. Durant ces deux heures sur la banquette en osier du Café de la Mairie, j’observe la foule, les serveurs qui se moquent gentiment des poètes et je pense à Perec. Quelques rencontres joyeuses, les crêpes, quelque pas avec Milène dans la nuit.