Les herbes éclairées dans la nuit, Naoshima

La puissance du Shinkansen qui traverse la gare d’Okayama me soulève l’estomac. Sur le quai, en attendant le local pour Uno, on entend des chants d’oiseaux diffusés par des hauts-parleurs.

Traverser la mer, sentir une chaleur d’été, le ciel s’enflamme, j’ai l’impression en arrivant à Naoshima de retrouver quelque chose de la Corse. La nostalgie à l’œuvre, qui me pousse à souvent relier un paysage que je découvre à un paysage connu. Les herbes éclairées dans la nuit.

Nous tentons de faire le tour de l’île en vélo, mais la partie de nord de l’île est condamnée qui abrite les activités industrielles de Naoshima. Les sites sont protégés, on est bien les seuls à s’aventurer par ici, à découvrir le saisissant contraste avec le reste de l’île où la nature se déploie, mise en relief par les lignes pures de Tadao Ando.
Se souvenir de ce qui se loge dans les ombres, les images projetées. Les mains d’Amanda Heng nouées avec celle de sa mère, les horizons flous de Hiroshi Sugimoto.

On avise un petit café à l’étage d’une maison près du port d’Honmura. Nous sommes seuls avec la femme qui nous accueille, dans un décor de caravane des années soixante dix. Sur les tables des bouquets de fleurs cueillies au jardin. Elle allume la musique à notre attention, comme si ça définissait l’instant. Pendant que nous savourons notre café nous l’entendons fureter, ouvrir et fermer des sacs plastiques. remplir des boîtes de biscuits, glisser des glaçons dans la bonbonne à eau. Ces gestes lents, appliqués ne me semblent pas utiles, j’ai l’impression que c’est une manière de se soustraire à l’intimité. Je pense à Jeanne Dielman. 

Minadera. Le guide nous indique comment circuler dans l’espace, la main droite devant toujours rester en contact avec le mur. Maintenant nous entrons dans l’obscurité, on avance lentement, la main parfois surprise de sentir l’arrête de l’angle d’un mur, on change de direction, on appréhende le vide à pas hésitants. Le guide nous enveloppe de sa voix suave, en japonais puis en anglais, à présent nous pouvons nous asseoir, ça va bientôt commencer, nous devons juste être patients. Il nous abandonne dans la pièce noire et silencieuse. Au fond de la pièce, on finit par distinguer un écran, à peine éclairé. La surface s’anime d’images fantômes que l’œil fabrique. Le maître de cérémonie revient, nous voyons sa silhouette se déplacer dans l’espace, il affirme que la lumière n’a absolument pas changé depuis que nous sommes entrés. Il nous invite à nous approcher de l’écran, nous rassure, le sol est plat et nous ne devons pas avoir peur. J’approche mes mains de l’écran, en réalité un espace vide ménagé derrière une cloison découpée. Backside of the moon, l’impression que la lumière est une matière que mes mains tentent d’attraper en vain.

Un jeune couple rejoint notre hébergement, ils viennent d’Israël, en voyage de noces au Japon, ils n’ont pas d’enfants, pas encore, mais ils se demandent, dans quel endroit, c’était en anglais, In which place could we have a child today ? Le lendemain nous les retrouvons sur le bateau qui nous conduit à Teshima, j’en profite pour leur demander leurs prénoms, Or (lumière) et Nir (champ labouré), la beauté des langues : quand les prénoms ont un sens en lien avec la nature.

Publié par

Avatar de Inconnu

caroline diaz

https://lesheurescreuses.net/

4 commentaires sur “Les herbes éclairées dans la nuit, Naoshima”

Répondre à Caroline D Annuler la réponse.