maison natale

Comme elle est curieuse cette appellation d’avenue de Corbera, en réalité une petite rue du douzième arrondissement de Paris, cent deux mètres de long entre les rues de Charenton et Crozatier. Corbera c’était quatre pièces au premier étage du numéro quatorze, c’est devenu un nom de pays, un village, un refuge. Corbera où mes grands-parents ont ancré l’histoire familiale en quittant la Corse. Corbera où ma mère à été enfant, puis épouse avant de s’exiler à son tour. Corbera élu maison natale, je n’y suis pas née mais j’y ai mes premiers souvenirs, les jeux câlins et les mains tendres, la comptine sur les genoux de Pauline, la chèvre de Monsieur Seguin, la cuisine laquée de jaune, l’huile frissonnante sur le feu, le parfum de café grillé, la soupe de vermicelles au lait, le placard sucré, les tasses en grès, et celles en Limoges peintes à la main que je préférais, les miettes sur tapis persan, les pieds de chaise en bois sculpté mes mains agrippées dessus, les tiroirs pleins de fourbis de crayons de gommettes, les cahiers d’écoliers, la nuit et le silence, la peur, les chants graves et les cauchemars de ma grand mère Pauline, les yeux ouverts, les faisceaux lumineux des phares de voitures qui coulent dans la chambre verte, les doubles rideaux rugueux, les vagues de velours contre le front, la petite bergère en porcelaine, ses joues roses, les bijoux et dents de laits dans le panier qu’elle tient devant elle, les colliers suspendus, l’abat-jour à franges mordorées, les appliques à ampoules torsadées, la tapisserie à fleurs rococo du salon, dans la bibliothèque les babioles en cuivre, les petits chats en porcelaine couchés devant les livres à tranches dorées, le réduit au bout du couloir, sa vitre fêlée qui te regarde, le miroir à trois pans mon reflet à l’infini dedans, la grille accordéon de l’ascenseur, le temps gris, la joie, des souvenirs comme des rêves, je ne suis pas nostalgique, mais Corbera m’appelle, avec lui mes fantômes, leurs bras tendus s’amenuisent en ondoyant dans l’ombre, comme des liens dont je dois m’emparer.

Publié par

caroline diaz

https://lesheurescreuses.net/

2 réflexions au sujet de “maison natale”

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