kanazawa, la ville

Je n’imaginais pas qu’il serait si difficile de replonger dans les photos du voyage au Japon. Au moment de monter dans l’avion du retour, nos filles envoyaient des messages dans le groupe qu’on a appelé la mif, où l’on se donne des nouvelles au fil de l’eau, où l’on partage des images, ce qui nous rend fous ou nous fait rire. Là, elles se préparaient à la manif, l’une à Paris, l’autre à Marseille, et j’avais quelques inquiétudes. À l’atterrissage, leurs messages étaient rassurants. De la buée est sortie de ma bouche quand j’ai pris ma première bouffée d’air parisien à Roissy. Le chauffeur de taxi raciste nous replonge dans l’ambiance et nous avons maintenu le silence durant les quarante minutes qu’a duré le trajet. Une semaine de commentaires, d’allocutions, de tempête. Puis la terrible attaque des Yvelines. Il m’aura fallu six jours pour ouvrir la carte SD et choisir les images que je partage ici, mais mon esprit est confus, dans un brouillard de colères. Je suis allée à la manifestation, dont l’itinéraire a été changé à la dernière minute. Et ce dialogue entre le cortège et les habitants des boulevards extérieurs qui certainement voyaient pour la première fois pareille foule au pied de leur immeuble, surtout des femmes et des enfants, avait quelque chose de très émouvant. Je me suis exfiltrée au pont de Charenton, jambes coupées mais allégée de ce brouillard mental, le cœur desserré.

Maintenant je veux me souvenir de Kanazawa. De la tôle rouillée sous ciel gris. Du Gyokusen-inmaru Garden. Des mousses. De l’odeur des tatamis dans la maison que nous avons visité seuls. Du premier dîner au coin de la rue, chez Joining, où le type, prépare des merveilles en courant, seul dans sa cuisine. Du bleu insolent qui nous accompagnera jusqu’à Kochi. Du jardin du château, puis du parc Kenrokuen. Des pins vénérables soutenus par des poutres, le nouage entre eux. De la quiétude d’une ville à mon échelle, dont je comprends la géographie. De la rencontre de la fille au vélo et du livreur devant le café Merzbau. Des frondaisons qui se découpent devant le mont Hakusan. Du ciel flamboyant depuis la chambre d’hôtel. Des desserts aux châtaignes. De la marche le long de la rivière, de la lumière qui nous appelle. Du souvenir de Kyoto. Du héron. Du marché Omicho. Des derniers pas avides dans la ville. Du flottement.

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caroline diaz

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