
Sur les étangs il y a des cygnes que je ne sais pas photographier. Je me demande, sur l’échelle du goût, ce qui, des soleils couchants ou des cygnes est le plus fréquentable. Au pied du château de La Reine Blanche, un château de poupée, deux pièces superposées et quatre tourelles, une foule de marcheurs, de cyclistes, de touristes. Autour, la forêt nous console et nous apaise.
Je les avais croisés sur le boulevard du Temple et je m’étais mise à les suivre. Je ne savais pas encore ce que je cherchais, je les aimais bien, mais plus encore c’était ma copine Michèle qui en était folle. Je les ai suivis à travers le Marais, ils ont fini par s’asseoir à une table près des arcades, il a commandé une bière, elle une glace. Je me suis approchée comme une groupie que je n’étais pas véritablement, je leur ai parlé de Michèle et, sur une carte je crois, ils ont écrit un petit mot. Ça commençait par Caroline nous a suivis… Ma fierté, le lendemain, d’offrir à Michèle l’autographe de Catherine et Fred.



Je ne sais pas comment on en est venus à parles des Acacias. Les patrons avaient des allures de Thénardier, c’était le café le plus éloigné du lycée, sans aucun charme, peut-être que les consommations y étaient moins chères qu’ailleurs. À l’arrière, une pièce avec des jeux, un billard, un baby-foot, un flipper sans doute, nous ne la fréquentions pas. À la frontière des deux salles, un juke-box. Et il y avait ce grand type qui le chargeait de monnaie sans s’arrêter pour écouter The Rose. Je crois qu’à l’époque cette bizarrerie nous faisait sourire.
Nous avions fini de déjeuner en terrasse, mon amie tentait d’acheter des tickets de bus sur son smartphone. Je voyais dans la rue une jeune fille qui cherchait à attirer l’attention de sa mère. Elle a crié mamma et une femme brune de l’autre côté de la rue s’est retournée. Elles ont alors marché l’une vers l’autre et la mère a commencé à parler à la fille en italien. Je ne comprenais pas ce qu’elle lui disait mais sa voix s’effondrait du dedans. La fille s’est mise à pleurer avec elle. Elles partageaient une nouvelle qui les bouleversait toutes les deux et je ne pouvais m’empêcher d’imaginer le drame. Elles ont remonté un peu la rue, sont rentrées dans ce qui était peut-être leur location de vacances. Mon amie tapotait toujours sur son téléphone, elle n’avait rien perçu de la situation. Elles ont fini par reparaître et repasser devant nous en pleurant. C’était un tel chagrin que j’aurais voulu les aider, mais j’étais clouée sur ma chaise, ignorante de leur langue, un peu gênée de laisser mon amie à son téléphone. J’ai imaginé l’histoire qui venait de bouleverser leur vie. Je l’ai gardée pour moi mais j’y ai pensé toute la semaine.



Je voulais surtout bien fermer la bouche sur le sujet, mais je suis absolument écœurée par toutes ces prises de parole, la grande lessiveuse des réseaux. Et au passage l’IA épuise nos ressources et enrichit une poignée de fous furieux. Je ne comprends pas cette fascination délétère.
À une semaine du voyage, je suis dans les choux. Nous avons acté une décision importante pour l’activité pro, je dois me débattre avec des tracasseries administratives à la suite d’une grossière arnaque hôtelière, je postule pour un projet d’exposition sans y croire vraiment mais ça a le mérite de me faire réfléchir, d’écrire encore sur ma pratique. J’oublie d’aller marcher pour le climat.


je déteste (le mot est faible) l’IA et suis furieuse quand des amis jouent ave elle
pleurs avec les deux femmes (après ces deux jours où toutes les larmes étaient refoulées et par là même plus poignantes à deviner)
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