
Vases communicants : Pierre Ménard (Liminaire) : La vérité est ailleurs
Peut-être que vous allez sourire, depuis que nous avons commencé à regarder X-Files, je suis fascinée, ou plutôt tenue, par l’histoire de Dana et Fox, leur lien indéfectible. Je traque entre eux les regards, les gestes, ces deux là s’aiment mais ne le savent pas encore. Et depuis la saison 8, la quête absolue de l’autre à travers le vide et l’absence me bouleverse.
La veille de mon départ en Lozère, l’émotion me rattrape devant le prologue de Trust No 1. Une série d’images fixes, la voix off de Scully presque murmurée, sa douleur, ouvrent une mélancolie pure. Je me suis tournée vers toi, je t’ai dit Ça me rappelle La Jetée, tu as approuvé.


Puis la gare, le quai qui s’étire à l’infini comme la jetée de l’aéroport. Le lieu de l’attente, le lieu des adieux impossibles. Quand les coups de feu éclatent, le temps s’arrête. Ici, il n’y a pas de boucle temporelle, pas de voyageur du futur qui se voit mourir enfant, mais la trajectoire est la même, une quête désespérée pour rattraper un visage aimé, qui se dissout dans la violence des coups de feu. Scully guettant l’ombre de Mulder sous les néons de la gare, Scully sur ce quai, témoin impuissante de sa propre tragédie, condamnée à ressasser le souvenir d’un homme qui n’est déjà plus là. Je ne crois pas qu’il y ait une filiation reconnue entre le chef d’œuvre de Marker et cet épisode de la série, mais la forme se rejoint. Des images fixes, la mémoire comme un piège, les gares sont les antichambres du deuil.
Alors ce quai de gare américain a glissé vers une géographie plus intime. J’ai pensé à nos silences gênés sur les bancs de la gare de Montgeron oû nous étions adolescents, oú nos regards fixaient les rails pour ne pas croiser les yeux de l’autre, où nous commencions, sans même le savoir, à tracer les contours de nos propres vies. Il a aussi réveillé l’imaginaire d’Orly. Orly, une ligne de départ, une absence qui structure mon paysage familial depuis toujours.
En regardant Scully suspendue dans la nuit, je crois que c’est notre propre rapport à l’image et à la mémoire qui s’est déployé entre nous. La certitude qu’un instant immobile peut relier deux êtres pour toujours. Le quai de la gare n’est plus seulement le décor d’une série télévisée, il est le symbole de nos propres attentes, de nos retrouvailles et de la peur de perdre l’autre.

Cette résonance qui nous a traversés devant l’écran, c’est celle d’une grammaire que nous avons apprise ensemble, comment regarder le monde pour ne pas être submergés.
Aujourd’hui, cet épisode d’X-Files referme une boucle. Regarder ce quai de gare avec toi, y déceler l’hommage à Marker comme on partage un secret, vérifier que rien ne s’est effacé. Peu importe la violence ou la distance du monde extérieur, notre histoire s’insère dans ces photogrammes, nous sommes là, ancrés l’un à l’autre, survivants de nos propres silences.


je connaissais le titre sans savoir ce qu’il désignait – l’allusion à Chris Maker me fait penser que c’est dommage (mais tant de choses que j’ignore !)
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rien qu’une série culte à côté de laquelle j’étais passée moi aussi, mais on peut s’en passer, je crois que je suis la première à faire ce lien (j’abuse peut-être), c’est une manie chez moi.
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et j’en sais un peu plus (il faut dire que j’ai toujours refusé la télévision jusqu’à ce qu’elle me rattrape un peu récemmet via internet) grâce au « vase communicant » chez Philippe Diaé
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Quelle beauté, ton billet ! Dans les 90´s j’étais archi-fan de X-Files, tu m’as donné très envie de visionnner à nouveau la série🙏🏻✨
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je la découvre, mais j’avoue ne m’interesser qu’à la relation des deux héros 😉
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C’est sublime, il faut que je te l’écrive ! Une phrase à recopier aussi, merci, Caroline.
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oh c’est gentil Anne, mais sublime c’est un peu fort je crois.
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La puissance de cette citation : Les gares sont les antichambres du deuil (citation de … ?), comme ça résonne… c’est tout à fait ça… Les vraies gares et bien plus encore nos gares intérieures
Merci, Caroline, de nous/m’avoir remis la mémoire en mouvement, comme tu le dis ton texte précédent
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cette phrase, je l’ai mise en italique comme si elle ne m’appartenait pas vraiment, mais ce n’est pas une citation, elle a surgi, étrangement, et je l’ai trouvé terriblement juste.
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retrouvailles et peurs de se perdre, oui c’est bien nous…
ces instants immobiles et ces mouvements instillés par l’émotion au moment de se quitter restent en nous telles traces vibrantes et bouleversantes
on se retrouve si bien dans les visages de Scully et Mudler… inattendu et merveilleux…
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merci Françoise.
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