
Au début je résiste, la chaleur m’inquiète un peu mais peut-être parce que tu es prêt à renoncer je me ravise, non tu as raison, allons-y. Nous avançons sur un sentier si étroit qu’il faut écarter les branches pour passer. Beaucoup d’arbres sont malades. La terre est fendillée. Un instant la pensée du feu me traverse, je ne te dis rien. Nous découvrons le château, tournons autour. On n’ira pas plus loin, la chaleur est déjà trop présente. Au retour nous déjeunons dans le petit restaurant tibétain de la rue Louis-Blanc découvert avec Agnès, puis nous rentrons nous enfermer dans l’obscurité de l’appartement.


Alice appelle, elle a envie de nous voir. Je lui propose de nous retrouver au siège du Parti communiste qui ouvre ses portes comme refuge climatique. Bien sûr je pense à Anh Mat et à Isabelle. La grande salle a été vidée de ses meubles pour laisser la place aux corps. Des personnes de tous les âges sont assises à même le sol, certaines lisent, d’autres cherchent à croiser les regards, des enfants courent, échappent un instant à la vigilance de leurs parents. Nous sommes là parce qu’il fait trop chaud dehors. Nous sommes dans un film de science-fiction où le futur ne ressemblerait à rien d’autre qu’à une immense salle fraîche. Le soir j’apprends l’incendie de Fontainebleau. Immédiatement me reviennent le sentier étroit, les arbres malades, cette pensée du feu traversée quelques heures plus tôt. Puis Gwen et Gracia, nos journées à marcher là-bas l’an dernier, et cette étrange nécessité de ne pas laisser l’état du monde prendre toute la place dans les conversations.


Il y a des bénéfices secondaires à la canicule. Le corps ralentit. Le temps aussi. Nous retournons au cinéma. J’ai le sentiment que nous sommes plus attentifs les uns aux autres.
Je prépare l’atelier d’écriture pour la Caravane Zazous. Je rassemble des phrases extraites de mes carnets, j’encadre quelques gravures miniatures, j’emballe des cyanotypes. Tout prend plus de temps. Je ne lutte plus contre la lenteur.
Enfin de l’air.
De Villedieu à Granville le train cahote doucement. Laurent m’attend à la gare. Sur la route nous parlons politique, et cela me donne un peu d’espoir, c’est assez rare pour être remarqué. Émilie me fait découvrir son jardin sauvage. Laure et Sandrine nous rejoignent. Nous parlons de nos pratiques, de pourquoi on tient malgré les doutes. Le soir je dors dans la chambre en soupente de Marguerite. Le Bowie d’Aladdin Sane veille sur mon sommeil. À mes pieds sur le lit le poids tiède de la petite chatte.


oh comme je m’imagine sous la coupole du siège du Parti (même mes gros murs n’arrivent pas à neutraliser complètement et j’en ai marre de marcher en poussant pour casser le mur de chaleur pour tenter de ne pas être totalement indigne du festival)
(à propos je ne sais comment remercier « liminaire » pour la Cupola, une merveille)
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Juste merci.
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oh ta merveilleuse dernière petite phrase !
va demeurer en moi pour un bon moment, le souvenir de la présence chaude, le petit corps lové de la chatte sur le lit… (une sensation que je connais bien)
merci pour ta persévérance et pour ton éloge de la lenteur (au passage, petit clin d’œil à Pierre Sansot)
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