
Les deux enfants, frère et sœur, chantent une comptine, se renvoient les phrases en zigzagant sur leurs vélos minuscules, il demande à la rivière… je te donnerai de l’herbe. Le monde semble contenu dans l’équilibre de leurs corps penchés sur les guidons, entre les boucles qu’ils forment en pédalant joyeusement.
Je découvre in extrémis l’exposition Dévoiler, une vie en miniature. Dans des boîtes de bois, parfois même dans des coquilles de noix, des religieuses reconstituent leur cellule, leurs gestes, leur lit étroit, la table, le panier. Elles sont poupées de cire, silhouettes de papier, photographies découpée, au travail, en prière. Aux murs, des images pieuses, des sentences, des bénitiers. Elles fabriquent l’espace qui les contient. Ces boîtes étaient souvent offertes aux familles, aux bienfaiteurs des moniales, dévoilant leur quotidien de femmes cloîtrées, elles sont des archives sensibles.


Cette semaine j’ai lu Un chien arrive de Camille Ruiz.
Quand j’ai rencontré Camille pour la première fois, elle commençait sa vie avec Ziggy, son grand chien blond. Nous étions attablé·es nombreux·ses dans un café des Halles, j’étais un peu à distance, mais je l’entendais déjà parler intensément de leur relation, elle parlait de Ziggy comme de son enfant. En la lisant, je comprends que c’est plus poreux que cela. Il y a « l’enfant » qu’elle accompagne, et « l’enfant » qu’elle devient auprès de lui. Une forme de mutualité, comme si chacun introduisait l’autre au monde par petites doses, s’injectant des fragments de réel pour créer un espace partagé où le monde devient respirable. Je crois que je craignais de ne pas aimer ce texte, parce que je fais partie de ces personnes qui ont un peu peur des chiens, mais l’écriture de Camille toujours me cueille. L’attention qui se creuse, les liens qui se créent, les espaces qu’elle ouvre, la joie solide. C’est un très beau livre, j’en lis ici une minute pour L’aiR Nu.

Je veux peindre une ombre projetée sur le mur de la miniature. Déjà je maudis mon impulsivité, je prépare la couleur à la lumière électrique, je ne prends pas le temps de composer vraiment le paysage, les ombres s’empâtent, j’exprime mon insatisfaction à voix haute. Nina qui est à côté de moi me le rappelle, trust the process.
Le lendemain je ponce, j’efface les surépaisseurs, les hésitations, j’y vois un lien avec l’écriture, chercher la justesse. Je découvre quelque chose qui me plait, au moins la couleur, la matière. Nina au même instant est contente de l’avancée de son dossier. On devrait s’en souvenir, la lumière, parfois, se pose exactement où il faut, un paysage merveilleux se révèle au cours de la marche, les épiphanies décident elles-mêmes de leur apparition.


La miniature est presque finie, je suis émue. Curieusement, alors qu’elle est la représentation d’un espace où j’ai dormi pour la première fois à plus de quarante ans, elle fait réellement remonter quelque chose de l’enfance, pas un souvenir précis, mais une sensation diffuse, une condensation du temps. Je crois que ça tient surtout au travail de la couleur, et la manière dans les volets filtrent la lumière. La chambre est minuscule mais j’ai l’intuition qu’un espace immense s’ouvre à l’intérieur.
j’ai peut être six ans, je suis en vacances avec mes oncles et tantes, une maison louée dans le Cap Corse, sur les hauteurs de San Martino de Lota. Souvent nous allons jusqu’à la Marana. La route me donne mal au cœur, mais la récompense c’est une plage de sable fin, qui peut devenir brûlant. Une pinède, un pique nique, des parties de pétanque, l’odeur du café et de l’ambre solaire, des corps dansants. Les bonbons parfumés à la réglisse qu’on me donne à sucer pour que je ne sois pas malade a l’arrière des voitures. Au retour les pierres moussues, la saveur des pignons de pins qu’on écrase à coup de cailloux. Les premières insomnies.


Je sors de la lecture avec un ébranlement – un désir de créer et de créer librement (impulsivité comprise) – et puis le goût de l’insouciance, très lointaines errances enfantines, si bon à sentir… merci…
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Oh tant mieux ce désir qui surgit… cette miniature c’est un peu un refuge.
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À l’écoute du chien arrive j’imagine le concert des voix d’un couple
J’aime aussi « un paysage merveilleux se révèle au cours de la marche, les épiphanies décident elles-mêmes de leur apparition. »
En fait j’aime tout
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Merci Brigitte, cette chambre d’Erbalunga, à côté de laquelle vous avez fait vos premiers pas …
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