
Visite en famille de la maison de Victor Hugo, place des Vosges. Dans la cage d’escalier, un vitrail représente un profil de femme dont les traits stylisés me rappellent les figures des cartes à jouer avec lesquelles je me racontais des histoires enfant, assise sur le tapis persan, un jardin merveilleux où rois, dames, valets se courtisaient pendant que les conversations adultes se fondaient au-dessus de la table du déjeuner. Je découvre que VH était un acheteur compulsif d’objets, peu soucieux de leur valeur, il s’attache surtout à leur étrangeté, leur beauté. Il les accumule, les détourne, les met en scène, saturant l’espace pour mettre en scène sa vision. Il y a également des photographies de Hauteville House, l’exposition tout entière est comme un appel à enfin concrétiser ce voyage. C’est la représentation d’une miniature que VH avait réalisée avec son amie Louise Bertin pour Léopoldine, Charles et François-Victor qui m’a attirée ici. Elle est bien là, dès l’entrée du parcours, fabriquée à partir de cartes à jouer, fascinante de minutie, on est bien au-dessous du un/douxième traditionellement utilisé pour les maisons de poupées. Et je me demande avec quels personnages, ou quel objet simulacre, les enfants jouaient.


On m’a appris à ne pas aimer le Sacré Coeur, ce serait une faute de goût d’apprécier cette écoeurante meringue blanche posée sur la ville. Mais je l’aime en secret. Je l’aime parce que je me souviens qu’on le voyait depuis la salle de bain de l’appartement du boulevard Bessières, celui où nous avons vécu avec ma mère au retour d’Algérie. Il apparaissait dans le cadre étroit de la fenêtre, presque irréel, inaccessible. Peut-être que je n’aime pas vraiment le monument, mais cette distance, le souvenir de ce point de vue précis, mon plus lointain souvenir.
Insomnie, mes pensées en déroute, se percutent, reviennent, le corps s’épuise à chercher une position juste.

Elle porte, roulées dans du papier kraft, quelques branches de gui. Elle dit qu’elle aime bien cette tradition. Et je me représente la scène, elle, sa famille, ou les invités, venant chacun.e leur tour s’embrasser sous les branches délicates. Je n’ai pas vraiment le goût des traditions, j’aurais tendance à les fuir même, jamais autant perçu autour de moi une telle hantise des fêtes de fin d’année. Mais dans le grand chaos ambiant, je me suis représentée la scène comme dans un film, merveilleusement éclairée. Et j’allais jusqu’à entrer dans la scène, j’y conviais toutes celles et ceux que j’aime, et il y aurait une immense tendresse dans nos baisers échangés.
Jour d’anniversaire, touchée par les cadeaux si attentionnés. Puis nous regardons un de nos films cultes, rituel familial de fin ou de début d’année, celui-là découvert l’année de la disparition de Jacques, douze ans déjà. Les images et les chansons que nous connaissons par cœur, qui ne demandent aucun effort, qui réconfortent. Elles ouvrent une envie de New York, une projection plus qu’un désir réel, parce qu’il m’est devenu impossible d’envisager ce voyage, c’est devenu un désir abstrait.

C’est une série datée, que je n’avais pas suivie lors de sa diffusion car nous n’avions pas la télévision. À l’époque j’étais salariée d’un bureau de création et une grande partie de mes collègues regardait cette série avec passion, commentant le lendemain la diffusion de la veille. Je me sentais à l’écart, comme je l’étais enfant car je n’avais le droit de regarder la télévision que dans un cadre très restreint, aussi je faisais semblant d’avoir vu les films que les autres commentaient, ayant développé un art du bluff épatant, enfin c’est que je m’imaginais. À l’époque d’X-files, la différence c’est que je m’enorgueillissais de ne pas faire partie du troupeau, l’écart n’était plus subi. Pendant ces vacances, nous regardons la série avec les filles. Je ne suis pas vraiment captivée par les intrigues. Mais je souris que dans chaque épisode les lampes torches balaient les plans de nuit (il faudrait vérifier). Je suis fascinée par le catalogue de maisons américaines auxquelles les héros viennent frapper. Mais ce qui fait pour moi le sel de la série, ce sont les voix off de Mulder et Scully qui tiennent des journaux de bord de leurs expériences, c’est le lien qui se tisse entre eux, l’attention portée de l’un.e à l’autre. Alors nous nous moquons nous-même de notre impatience à les voir céder, attentives à la moindre tension, bien que nous ayons deviné qu’il n’en sera pas question.

Je commence ma miniature. Je reproduis le lit de la chambre d’Erbalunga avec du fil de fer et une chute de carton. Puis l’idée du leporello s’impose, une suite de fragments liés par le pli, un paysage qui se déplie, dans lequel viendront peut-être s’inscrire des souvenirs. J’ignore encore quelle forme prendront ces souvenirs, bribes de textes ou images miniatures. Mais quelle joie de découvrir que ce projet me relie à mon histoire d’une manière inattendue.


Tes mots souvent
comme autant de tendresse…
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Bonjour Caroline,
En retour, une immense tendresse également pour tes envois, tes doutes, tes questions. Et un écho très fort quand tu parles d’aller à Guernesey visiter Hauteville House… C’est un projet qui flotte plus ou moins depuis deux ans avec à son bord Catherine Plée, entre autres… Donc pour bien commencer l’année une petite vue depuis Saint Malo, Guernesey est juste en face (ou presque), en tout petit 😉 Comme une promesse d’y penser sérieusement Juliette 
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la maison de Victor Hugo que j’aimais… toujours fascinée par ceux qui ont telle fprce de crréation (et où avec un côté dandy j’aimis passer en rentrant du marché avec mon ppanier (mon premier domicile : rue de Sévigné
le Cacré Coeur ne l’aime pas, pour son architecture mais surtout pour la raison de sa construction
surtout : je rêve du leporello
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plaisir de retrouver ici des voix qui font écho et des visages qui se connaissent, autour de tes lignes et de tes images
entre meringue du Sacré Cœur et accordéon de papiers, autant d’éléments reliés aux souvenirs que tu ébauches, confies, détailles au fil des mois…
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