rêver fantômes

J’ai découpé l’intégralité de Comanche, une quarantaine de séquences, c’est une feuille de route, je m’autoriserai les chemins de traverse, les surprises.

La lune fragile, le reflet rose des nuages, faire des photos au quotidien rend les saisons plus tangibles, l’eau se fige dans les flaques, ce n’est pas l’hiver mais ça y ressemble.

Il m’arrive en m’approchant de la station vélib de ne voir plus qu’un vélo accroché, de lancer une prière muette Pitié qu’il fonctionne. Il fait nuit, je roule doucement comme depuis l’accident, ma vision se trouble, une feuille morte glisse sur l’asphalte humide je la prends pour un animal je sursaute.

Mon frère m’écrit Tu ne te souviens pas, et pourtant tes mots sonnent juste, tout est très « réactivé » quand je te lis. Et si en fait, tu te souvenais de plus que tu n’en as conscience ? Je ne me souviens pas, mais si j’écris c’est pour tenter de faire surgir des choses de l’oubli.

C’est un quartier où je ne vais jamais, cette fois j’y avais rendez vous, à l’heure du thé en décembre il fait nuit, j’ai mon appareil photo, il y a des lumières de fêtes de l’autre côté de la rue de Rivoli, un sordide marché de Noël, churros et foule, mais le petit garçon trop grand dans le manège des Tuileries, ses jambes trop longues dans le vide sous la nacelle j’imagine son regard dans le vide aussi.

La règle du jeu, toujours le même émerveillement devant la nature, les arbres nus, la lumière, une vérité, Geneviève au marquis Ça m’ennuie de souffrir seule. Mes pauvres arbres flous ne sont pas à la hauteur.

Rêver fantômes, Jacques et Annie, dans une vieille maison que je connais déjà, transformée en institution, elle le visite, je dois les rejoindre, l’infirmière me couvre le bras droit de betadine, je les aperçois à travers la porte entrouverte, leurs corps flous et brûlés de lumière.

Publié par

caroline diaz

https://lesheurescreuses.net/

2 réflexions au sujet de “rêver fantômes”

  1. admiration et voeux (sans utilité) pour Comanche
    voeux pour le vélo isolé (moi j’étais métro ce qui ne fonctionne pas toujours non plus 🙂
    et je me demande s’il y a un marché de Noel qui n’a pas un côté sordiide lorsqu’àn a grandi (sauf s’il est alsacien… )

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  2. non mais j’aime toujours Dalio (dans La grande illusion aussi d’ailleurs) (j’avais aussi rendez-vous au Nemours, mais il y a vingt ans (ça n’a pas changé) (Noxa soldats de plomb machins là), avec ma mère parfois – elle vivait par là)

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