la beauté de l’Égalité

Nous allons au cinéma, il pleut, je ne peux pas me souvenir de la dernière fois où nous y avons été tous les trois. Me laisse attraper par la lumière et la mélancolie du film. Il fait nuit quand nous sortons de la salle, Philippe s’approche de l’eau pour faire des photos, je n’ai pas pris l’appareil, j’oublie le canal et ses reflets.

Écoute du podcast de Bruno Lecat — il a l’ambition d’enregistrer les 107 récits avec objet des participants du Tiers livre — entendre mon texte lu et joué est très troublant, ça crée une distance, la fin abrupte me heurte. Je me couche, au bord du lit il y a une grosse pièce de lin pliée que j’ai la paresse de ranger, je sens le poids du tissu sur mes pieds, j’ai l’impression qu’il y a là un animal, sa présence tiède et rassurante.

Après bien des allers-retours, des questionnements, décision prise de publier le travail autour de mon père sous la forme d’un feuilleton sur le blog. Il y a la nécessité de retrouver une forme de tension pour avancer (et finir ?), et l’idée qu’il ait ici sa chambre me plait bien, il sera toujours temps de penser au livre — après — de toute façon il n’y a plus de papier.

Je croise un voisin, son bébé dans la poussette, souvenir de mon orgueil de mère débutante quand les passants qui n’avaient plus l’âge d’avoir de jeunes enfants se retournaient sur les petites, s’extasiaient sur la rondeur de leurs joues l’épaisseur de leurs beaux cheveux, je fais l’effort de me tourner vers le visage de l’enfant, lui sourire.

Place de la République, chercher un angle pour prendre la statue en photo, m’attarder sur la beauté de l’Égalité, me souvenir qu’enfant les statues étaient les personnages d’histoires que j’inventais dans l’instant, à la fin il y avait toujours des adieux déchirants. Je jouais aussi avec les figures des jeux de cartes, mettais en scène des intrigues amoureuses, roi, dame, valet.

Sur les trottoirs des feuilles rouges recroquevillées font remonter des images du dernier séjour au Japon. Je n’ai pas encore retrouvé l’envie du voyage mais le Japon me manque beaucoup, c’était presque un rituel, le voyage annuel, sa vocation professionnelle et les espaces qui s’ouvraient — la nuit souvent — la dernière fois il avait eu Hiroshima, la découverte de Miyajima, notre projet de récit du voyage avec Philippe, sans doute à ce moment que s’est affirmée la nécessité du blog.

Je photographie les mouettes alignées — au spectacle, un homme me signale la présence d’un cormoran, je l’observe en train de pêcher, ses tentatives ratées, l’homme derrière moi m’interpelle encore — Vous êtes prise au piège hein — j’abandonne la partie. Sur le chemin du retour, dans la nuit les vitrines éclairées, La petite fille aux allumettes n’est pas loin.

Mon amie Anne fête son anniversaire, je me rappelle que ce soir c’est pleine lune, j’attrape mon appareil avant de sortir. Il y a bien une clarté dans le ciel mais je ne vois pas la lune. En rentrant, il est minuit, je m’aperçois que j’ai oublié l’appareil chez mon amie, tant pis pour la lune, je me console avec le reflet des feux de signalisation sur les feuilles photographié en rentrant de l’atelier. Avant de m’endormir je pense à l’appareil oublié sur la commode du salon de Anne, j’ai un pincement au cœur.

Publié par

caroline diaz

https://lesheurescreuses.net/

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