Takamatsu

Il faut prendre trois trains différents pour rejoindre Takamatsu et traverser la mer de Seto. Émotion de retrouver les silhouettes des îles découvertes lors de notre précédent voyage, quand nous étions allés à Naoshima et Teshima, surtout les deux petites îles en forme de montecaos. À l’arrivée, le soleil est déjà bas, nous jetons nos valises dans la chambre et nous dépêchons de rejoindre le port pour voir la lumière du couchant sur la mer. C’est un moment très doux, ces silhouettes retrouvées, la lumière, la sensation de revenir dans un paysage que nous avions déjà traversé, je pense à la Corse. Puis le burlesque d’une fête de la bière sur le port, les tables, le personnel qui se balance d’un pied sur l’autre au rythme des chants pour entraîner la foule, ce que j’aurais trouvé hideux n’importe où ailleurs trouve ici grâce à mes yeux. Finalement se perdre dans les rues de Takamatsu en quête d’un endroit pour dîner, on regrette presque de n’être pas s’arrêter à la fête.

Le lendemain, en chemin vers le Ritsurin Kōen, une enseigne nous arrête, Coffee Lounge Mouflon, Corsica Coffee Development. On ne comprend pas vraiment ce qui se cache derrière, tout est fermé mais ce petit signe de la Corse au détour d’une ruelle japonaise me rend joyeuse. Le jardin est sublime, immense, les verts sont presque trop intense sous le soleil brillant. Les arbres sculptés, les îlots, les perspectives composées, dans les bassins des carpes, des tortues, le héron.

Le train vers l’Est, puis la traversée du musée en plein air de Shikoku mura et les udon géants.

Pour monter au mont Yashima, le chemin traverse d’abord une sorte de petit bois. Une barrière en interdit ensuite l’accès. Je photographie la pancarte peinte à la main et l’envoie à Fumie, pouvons-nous passer ? Elle répond que non, j’insiste, lui demande ce qui est écrit sur le panneau. Sa réponse me fait sourire, ce n’est pas très clair. Nous franchissons la barrière et continuons. Le chemin débouche sur une route aux larges pavés. La chaleur, la fatigue de la montée, je pense à Hydra, à l’ascension jusqu’au monastère, la promesse d’une récompense. En haut, le paysage s’étend en panoramique, la mer, les îles, les reliefs. Tu jubiles, je suis un peu déçue par la lumière prévisible, la chaleur, la brume légère qui nimbe tout. Dans le bus qui nous ramène vers la gare il y a devant moi un vieil homme aux cheveux blanc, sa main levée devant son visage pour se protéger de la lumière aveuglante du soleil.

Le soir, nous repérons une petite taverne à lanterne rouge, une salle minuscule qui compte deux tables et un comptoir pour quatre personnes. Au mur, des photos et une affiche de Marilyn Monroe que je photographie en pensant à Anne. Le patron s’empresse de nous montrer deux petites cartes écrites en anglais, des mises en garde plutôt qu’une invitation. It’s more of a bar than an izakaya. Nous ne nous laissons pas décourager. La serveuse prend le relais, elle se demande comment nous avons atterri ici. À force de sourires, de quelques mots baragouinés et de phrases passées à la moulinette du traducteur de mon téléphone, nous commandons. Beaucoup trop, comme pour compenser notre timidité, le sentiment de déranger, de ne pas savoir comment faire. L’oden, avec du tofu et du daikon dans le dashi, des petites saucisses viennoises découpées en forme de poulpe, des udon encore, cette fois avec des flocons de bonite, du poulet frit, des edamame. Le dîner est excellent, nous avons fini par trouver notre place et remercions la serveuse pour tous les efforts déployés.

Le deuxième jour nous découvrons les sculptures monumentales d’Isamu Noguchi que nous n’avons pas le droit de photographier. À l’arrière du musée on aborde une route de campagne. La sensation galvanisante de quitter les lieux que l’on est venu visiter et de se retrouver dans un paysage qui ne nous attendait pas, pourtant le sentiment de lui appartenir, sur cette route déserte qui longe des champs et des fermes. Un téléphérique nous conduit au sommet, un temple et nos premières soba depuis l’arrivée. Traversant de nouveau le village, nous croisons une procession dont nous ne connaissons ni le nom ni la raison. Un petit garçon sort précipitamment d’une maison et entraîne sa grand-mère derrière lui. Elle semble un peu inquiète de le voir partir si vite, puis elle le rejoint, ils se prennent par la main. Elle marche avec des chaussures un peu trop grandes, comme la plupart des japonaises, ce qui entrave un peu sa démarche. Peut-être qu’ils connaissent une personne dans le cortège, qu’ils cherchent à la rejoindre. Nous reprenons le train pour le centre de Takamatsu, que déjà nous allons quitter.