
Nous fêtons le vingt-sixième anniversaire d’Alice avec les grands-parents. Nous mangeons les pâtes et la tarte aux mirabelles de Nina. Nous jouons aux cartes. Après le départ des grands-parents nous regardons le montage de notre journal. Nina rejoint les amies de Renoir. Alice rassemble quelques affaires, elle emporte à chacun de ses passages quelques objets, livres ou vêtements qu’elle a laissés, une séparation en douceur.
Jour de rentrée. Les jeunes parents ont demandé à l’enfant de poser là devant la porte de service, tiens oui mets toi là, et l’enfant au cartable sourit docilement au smartphone. À la sortie de dix huit heures, un autre enfant se jette du trottoir, surexcité, après on fait flamber l’école et après l’école elle est brûlée et après ils nous mettent à l’extérieur et après…

Avant de partir, Nina a rempli des boites transparentes des differentes pâtes qu’elle façonne passionément depuis l’achat de la machine. Des portions de cent grammes, sur chacune des portions elle a posé un fragment de papier sur lequel elle a inscrit un temps de cuisson approximatif, j’aurais aimé qu’elle leur donne des noms.
Quelque chose de familier dans sa silhouette, je voudrais voir son visage, elle semble deviner mon intention, tourne un peu la tête et pose sa main en ombrant son front comme pour se protéger du soleil ou masquer une blessure. Après avoir décroché un Vélib et traversé à nouveau le pont Maria Casarès pour descendre le canal je la retrouve, je me retourne mais elle tourne ostensiblement son visage vers l’eau, comme si elle voulait échapper encore à mon regard.


Déluge, et le type moqueur à la femme agacée, c’était pourtant écrit dans la Bible !
En sortant de la boutique elles sont restées toutes les trois devant, la mère et les deux sœurs, en long conciliabule, tellement absorbées et enthousiastes qu’elles n’ont pas remarqué que je cadrais la vitrine. Elles n’ont pas l’intention de bouger, alors j’essaie de deviner laquelle des deux va se marier.
Il est gêné d’être là alors que je rentre dans le laboratoire, en plus elle lui demande d’attendre, il vous faut votre carte de groupe, il trépigne, ne voit pas de quoi elle parle, la carte du club ? Non votre carte de groupe sanguin ! Je suis toujours O+, ça n’a pas changé ? Il s’impatiente, se retourne plusieurs fois vers moi, impuissant, s’excusant presque d’occuper l’espace.

Le plus souvent je la rencontre par hasard, cette fois nous improvisons un café au Cristal. Nous parlons boutique, nous avons longtemps exercé le même métier, c’est elle qui m’a encouragée à rejoindre l’atelier de gravure. Nous regrettons chacune de ne pas savoir échapper à l’exigence acquise en travaillant, qui entrave trop souvent nos élans créatifs. Le ciel gonfle alors que nous redoutons déjà l’heure d’hiver. En rentrant je plonge à nouveau dans les visionneuses THOT, je me demande pourquoi je m’entête à chercher des preuves, peut-être pour légitimer l’écriture ?

