ne plus compter les vagues

Choisir les photos pour le journal — ça se restreint chaque semaine, moins de promenades, et le poids de l’appareil. Journée engloutie par novembre.

Dimanche studieux, finir d’écrire — plutôt réécrire — les premiers épisodes de Comanche. Retrouver la tension, découper le texte, des blocs à retravailler — replonger — exaltant et douloureux.

Le plaisir à l’atelier de gravure, me sentir à l’aise avec les outils, la presse, les gestes deviennent naturels. Il va falloir trouver quelque chose à dire.

Le message de Nina — avec papa il faut que vous me reparliez de ton rideau proustien parce qu’il a annoté toutes les deux pages du deuxième tome pour toi — elle m’envoie une photo. Je calcule, c’était il y a précisément trente ans, ces échelles de temps m’impressionnent. Soirée fébrile, je publie le premier fragment de Comanche, on verra, je n’ai signé aucun contrat. Dans la nuit, présence des fantômes.

Retour sous le ciel radieux par Richard Lenoir, si je lève les yeux la ville devient une foret. Je retrouve Nathalie au Valmy, nos timidités respectives, plus de trois heures sur écrire, nos petites histoires, la famille, plus tard sa photo du pont Lafayette, j’aime qu’elle s’installe dans mon paysage.

Nous regardons Vif argent, encore des fantômes, vers la fin scène de l’adieu consenti, on entend le deuxième mouvement du concerto n°2 de Rachmaninov. Je viens de poser ça dans Comanche, c’était un morceau que ma mère me faisait écouter à l’heure de la sieste, comment j’aurais pu m’endormir ?

Passage au salon de l’autre LIVRE, emplettes de Noël, des livres amis, ne sais pas offrir des livres que je n’ai pas lus . En regardant les couvertures de Roxane je me rappelle que petite je rêvais d’illustrer des livres. On parle de vagues devant le stand de Publie.net, Guillaume V nous dit qu’il ne les compte plus. Sur le chemin du retour avec Anne nous évoquons les films qu’on ne peut plus regarder, ce qui bouge, ce que l’écriture ouvre, nos fantômes. En rentrant écouter médusée la voix d’une vieille amie de la famille sur le répondeur, une amie de ma mère — de ses sœurs — j’ai essayé de la retrouver sans succès il y a deux ans, là elle me demande de la rappeler, nous allons nous voir bientôt, j’espère qu’elle a connu mon père.