
Cherchant une image à offrir à Alice pour son anniversaire, je me suis aperçue que je n’avais jamais pris le temps de montrer ici le travail exposé à Saint-Sulpice en juin dernier. J’ai fait très peu de photographies pendant le salon, et j’ai vendu quelques pièces dont je n’ai même pas gardé la trace. Je tente ici de réparer l’oubli.
Tout commence par la marche et la photographie.
Je ne cherche pas une belle image, plutôt quelque chose dont je veux garder la trace, une lumière, une ombre, un reflet, un mouvement, un motif. C’est après que l’image me donne matière à écrire ou à agir. Je recadre, je déplace, je retrouve parfois l’émotion du moment, parfois autre chose se révèle. Je fabrique alors un négatif qui sera la base de mes tirages cyanotypes.



Le cyanotype vient encore troubler l’image. Je travaille avec le bougé, la lumière, les zones floues, les accidents, les superpositions. Des formes apparaissent, parfois presque fantomatiques, l’image ne se donne pas tout entière. J’altère aussi les bleus, plongeant mes tirages dans toutes sortes de bains, bicarbonate, café, thé.
Puis je grave, surtout des arbres que j’installe sur les tirages en surimpression, pour ouvrir ou fermer l’espace. Ce que j’aime dans la gravure, c’est la trace du passage, la possibilité de transformation. Je ne pratique pas le tirage au sens traditionnel du terme : pas de série, pas de numérotation.



J’accumule, je laisse les choses se répondre. J’essaie de rester attentive aux altérations, aux effacements, aux reprises, je fais passer l’image par plusieurs états, jusqu’à ce qu’un autre paysage apparaisse. Je cherche moins à retrouver un paysage qu’à en recomposer un, avec des éléments qui ne viennent pas nécessairement du même endroit, du même instant. Une photographie, un fragment, un arbre gravé, un souvenir, une phrase extraite du journal. Une forêt, une cabane, un papillon, une mythologie d’enfance. Un lieu que je reconnaîtrais sans même savoir où il se trouve.
Les photographies que je transforme sont souvent publiées ici, les fragments de texte viennent eux aussi du journal, ce travail en est finalement un prolongement.

