écrire est le contraire de céder

Avant d’arriver à Bagatelle, on traverse la ville d’est en ouest avec le 43, on empreinte des rues que nous ne connaissions pas, mais j’avais emporté le Marginalia Woolf de Christine jeanney, et c’était difficle de le lâcher. Le parc est immense, étonnamment calme, les habitants du quartier sans doute partis dans leurs villas du bord de mer, les touristes peut-être concentrés au Jardin d’Acclimatation. La présence des paons, qu’on a entendus avant de découvrir leurs parures hypnotiques. Je tente d’en photographier un mais déjà des enfants s’approchent. Encouragés par leur grand-mère, ils posent pour la photo, rient, crient, puis tentent d’attraper le pauvre animal, l’effraient, caressent maladroitement ses plumes, ça me heurte. Je me retiens de leur faire une remarque, je fixe la grand-mère qui ne dit rien, espérant déclencher au moins de la gêne. Ailleurs, il y a l’éclat rouge et violent d’une prairie de tulipe, le rose inattendu d’un arbuste, irréel, et le jeune peintre du dimanche.

La semaine dernière, une amie m’a acheté le dernier exemplaire de Comanche. Je me suis sentie démunie, j’avais je crois besoin de sentir la présence du livre à la maison, de savoir qu’il est là, comme un album de famille, qu’il est la preuve de ton existence, et le tu revient malgré moi. C’est donc le quatrième (et très modeste) tirage de Comanche.

Un abri de fortune a été découvert dans l’escalier entre le premier et le deuxième sous-sol de notre immeuble. Je n’y vais jamais, j’en ignore presque l’existence, nous n’avons pas de voiture et j’emprunte l’ascenseur pour accéder occasionnellement à la cave qui se trouve au premier sous sol. Je me demande comment l’habitant clandestin a été chassé (je ne sais pas quel mot employer). Est-ce qu’on l’a surpris, est-ce qu’on a pris le soin de le prévenir. M’est revenue une image d’enfance, du temps où j’imaginais qu’il y avait sous terre une vie parallèle, silencieuse et organisée, qui se déroulait sans nous.

Reçu un mail très encourageant de la Ville, le dossier Poletti avance, ma demande est maintenant transmise à la Drac : le département de l’histoire et de la mémoire va prendre attache avec le syndic, mais également avec vous pour la réalisation de ce projet. Tout à coup ça devient concret, je nous imagine au pied du 14, avec mes frère et soeurs, mes cousin.e.s , peut-être nos enfants.

 Parmi nous, personne n’a connu Antoine. Il n’a pas eu d’enfants. Son visage nous était presque inconnu, la photo du SHD de Caen a fini par nous rendre son regard. Je crois que faire poser la plaque n’a pas tant à voir avec un hommage, je veux surtout lui redonner une place.

écrire c’est montrer le

plus d’acuité possible

à chaque sensation,
fragment, 

éclat,

geste,

jusqu’à l’ombre sur

le mur et la plus

petite poussière qui 

danse dans la maison 

inhabitée,

dans le souffle d’un 
courant d’air,

ce qui suppose de ne

pas se laisser emporter 

par la folie,

écrire est le contraire 

de céder

Christine Jeanney, Marginalia Woolf

Dîner chez Z avec M, et nos filles nées en 1998. C’était drôle et émouvant, la première fois que je voyais les trois filles ensemble depuis très longtemps, quelque chose comme une quinzaine d’années qu’on n’aurait pas vu passer. Sur leurs visages, retrouver les traits des petites filles qu’elles étaient. Au cours de nos échanges, toutes les trois disent ne pas vouloir d’enfant. Je n’éprouve ni surprise, ni tristesse, mais je suis émue, de voir coexister sur un même visage l’enfance, si présente, et cette décision, alors qu’à leur âge je donnais naissance à Alice.

note : si d’aventure parmi vous amis lecteurs quelqu’un.e souhaite se procurer Comanche, n’hésitez pas à m’envoyer un message. Il est sinon disponible ici.