silence

Après que j’ai tenté de lui donner à manger à la petite cuillère, elle essaie de me parler, mais je ne comprends pas sa langue désarticulée. Est-ce qu’elle mime le geste d’écrire ? Est-ce que je le devine ? Je lui tends un bloc de papier à lettres, ses phalanges tordues attrapent le stylo et elle commence à noircir la page. Au bout de quelques secondes elle abandonne, comme exténuée, ce que je découvre c’est un simulacre d’écriture, comme un griffonnage d’enfant qui voudrait imiter une signature d’adulte. Ce sera notre dernier échange, ce renversement brutal des rôles, les syllabes en désordre et le gribouillage, jusqu’au silence.

nuit

La fraîcheur que tu vas chercher dans les espaces où aucune chair ne s’est ramollie dans le plat des draps, au pied tout au fond du lit ou tout au bord au risque de tomber, les batailles avec la chaleur de l’oreiller, l’exploration des silences domestiques, l’absence, les fantômes qui surgissent, le ressac de Grisgione, les balbutiements, le temps arraché, les heures creuses et enchantées.