silence

Après que j’ai tenté de lui donner à manger à la petite cuillère, elle essaie de me parler, mais je ne comprends pas sa langue désarticulée. Est-ce qu’elle mime le geste d’écrire ? Est-ce que je le devine ? Je lui tends un bloc de papier à lettres, ses phalanges tordues attrapent le stylo et elle commence à noircir la page. Au bout de quelques secondes elle abandonne, comme exténuée, ce que je découvre c’est un simulacre d’écriture, comme un griffonnage d’enfant qui voudrait imiter une signature d’adulte. Ce sera notre dernier échange, ce renversement brutal des rôles, les syllabes en désordre et le gribouillage, jusqu’au silence.

little boy

Dans le sous sol de béton tu découvres la ville miniaturisée, ou plutôt l’absence de la ville qui s’étale sous une sphère rouge, cette petite balle suspendue c’est le lieu de l’explosion, tu imagines le nuage incandescent, le souffle entre les lambeaux de béton, le feu partout, au dessus il y a les rires des enfants dans la cour de la nouvelle école, un sarcophage de mémoire, puis traverser les panoramiques merveilleux du shukkei-en, et sous nos pas de géants savoir les corps ensevelis.